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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 15:52

Blog n° 30 – 26 octobre 2015 – Georges Ordonnaud

SORTIR PAR LE HAUT DES CRISES D’UKRAINE ET DU MOYEN ORIENT

La lecture de l’article de Dominique de Villepin (Figaro du 19.10.2015) présente un grand intérêt. L’ancien Premier Ministre y fait des propositions, non pour gérer –gérer au mieux comme le font les responsables politiques actuels–, les crises d’Ukraine et du Moyen Orient (comment « assécher » les ambitions de DAECH), mais pour lui trouver une sortie par le haut, c'est-à-dire établir une paix durable. Ces propositions présentent de profondes analogies avec celles que j’ai formulées dans mon blog (n° 28) de décembre 2014.

Le Figaro – 19 octobre 2015

DOMINIQUE DE VILLEPIN : L’ancien premier ministre invite les Occidentaux à cherche un équilibre avec Pékin et Moscou afin d’éviter une cassure du monde en deux blocs.

La Russie est de retour ; c’est une bonne nouvelle pour le monde. Car il ne peut y avoir d’ordre mondial sans équilibre et sans diversité. Vouloir l’ordre, c’est accepter les différences. Sans la Russie, il n’y a pas de règlement possible des crises. L’accord sur la non-prolifération avec l’Iran en a été la preuve ainsi que l’enquête sur l’utilisation d’armes chimiques en Syrie à l’été 2013. Ayant toujours plaidé et agi en faveur d’un monde multipolaire organisé sur la base du multilatéralisme, je ne peux que me réjouir que la Russie se soit exprimée fortement à l’Assemblée générale des Nations unies. Sur l’Ukraine, l’apaisement crée aujourd’hui les conditions d’un processus politique qui exige que nous nous impliquions plus fortement encore. La réduction de la violence et le report des élections dans l’est de l’Ukraine sont des signaux positifs pour la mise en œuvre graduelle des Accords de Minsk II. Avançons sur la loi concernant le fédéralisme ukrainien et renouons le dialogue de coopération entre Russie et Europe.

La Russie est de retour, mais dans quel monde ? L’incompréhension des grandes puissances est à son comble, nourrie de préjugés et de malentendus. Nous ne parlons pas le même langage et ne voyons pas le monde avec les mêmes yeux. Ne soyons pas naïfs. Le monde pourrait bien se briser en deux blocs, l’un occidental, dictant ses normes sans toujours les respecter, l’autre oriental, chinois autant que russe, refusant les monopoles de fait exercés par l’Occident en matière monétaire, financière, technologique. Nous pourrions bien nous réveiller avec un double système financier, un double Internet, peut-être un double système de gouvernance mondiale. La montée en puissance du renminbi, les nouveaux instruments sur Internet, la création d’institutions financières multilatérales nouvelles sont autant de signes d’un changement des temps.

L’enjeu de la crise syrienne dépasse de loin le cadre régional et même la question du combat commun contre le djihadisme. C’est le nouvel ordre mondial qui se décide.

Il est vital d’éviter les erreurs dans nos stratégies respectives en Syrie et en Irak. Mus en partie par nos héritages et nos expériences, nous subissons toujours la tentation de reproduire le passé. C’est vrai des États-Unis, de l’alliance sunnite avec l’Arabie saoudite dans les années 1970 jusqu’à l’invasion unilatérale de l’Irak. C’est vrai également de la France, ancienne puissance coloniale, protectrice historique des chrétiens d’Orient et marquée par l’expérience de la guerre d’Algérie. C’est vrai enfin de la Russie, héritière de longues traditions au Moyen-Orient, protectrice des communautés orthodoxes et portée aux conflits sur ses marges méridionales, de Catherine II à la Tchétchénie en passant par l’Union soviétique.

Nous devons aussi éviter une seconde tentation commune, celle de nous substituer aux acteurs régionaux et de les déresponsabiliser. Nous devons nous accorder sur des principes communs si nous voulons assécher le terreau du terrorisme. Premier principe, l’intangibilité des frontières, car la remise en cause des frontières Sykes-Picot, même avec de bonnes intentions, ne mènerait qu’à l’explosion régionale. Deuxième principe, la non-ingérence. Aucune puissance ne doit viser au changement de régimes par la force, mais pas davantage à leur maintien artificiel. Troisième principe, le refus de tout engagement au sol, dont nous connaissons tous dans notre chair - de l’Algérie aux deux guerres d’Afghanistan - les risques d’embourbement.

Nous pouvons en revanche faire preuve d’unité et montrer le chemin du dialogue et de la paix, notamment en organisant une conférence permanente sur la sécurité régionale dont les puissances internationales seraient les garantes, en reprenant le format 5 + 1 des négociations avec l’Iran, en y conviant l’Arabie saoudite, la Turquie et l’Égypte. Nous pouvons exercer des pressions amicales, la Russie en Iran, l’Amérique en Arabie saoudite, tout en favorisant les dialogues croisés. Il s’agit de se concentrer aujourd’hui sur les pays fragilisés, parfois au bord de la rupture, comme la Turquie ou l’Arabie saoudite, car la conquête des lieux saints de l’islam demeure dans la ligne de mire djihadiste.

La clé, c’est aujourd’hui de s’accorder sur un cadre politique pour la nouvelle Syrie, organisant la partition de fait dans un ensemble fédéral. Cela suppose dès aujourd’hui d’avancer sur des paix locales et des cessez-le-feu dans les zones où c’est possible : à Homs, à Idlib, à Alep. Il s’agit de donner des garanties aux minorités et la protection des Alaouites par la Russie est bienvenue. De même, seule une garantie collective pourra assurer la sécurité de la région de Damas, mosaïque de communautés qui doit trouver, à défaut de mieux, un modus vivendi à la libanaise. Enfin, cet accord doit permettre d’établir des zones humanitaires protégées aux frontières turque et jordanienne. C’est le seul moyen de stabiliser l’afflux de réfugiés, notamment vers l’Europe. Cet accord doit être surveillé et garanti par l’implication permanente d’une conférence de sécurité régionale et internationale avec tous les acteurs. À défaut d’un tel accord, la violence sera sans fin. Des millions de Syriens seront jetés sur les routes. Daech et Assad se renforceront mutuellement et la gangrène gagnera le reste du monde sunnite.

Il serait temps que l’Europe retrouve sa voix, sa mémoire et son message. C’est dans cet esprit que je veux parler à mes amis russes lors du prochain forum de Valdaï, avec Vladimir Poutine. Car j’ai la conviction que l’Europe jouera un rôle clé pour éviter la cassure du monde. Son magistère ne tient pas aux leçons de morale et aux sanctions, mais à l’exigence du dialogue, à l’expérience et à l’exemplarité. Cessons les jeux de rôle à contre-emploi et agissons enfin en faveur de l’équilibre en allant à la rencontre de la Russie, de la Chine et du reste du monde.

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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 15:47

Blog n° 29 – 11 octobre 2015 ([1]) – Georges Ordonnaud

ARTICLE 175

De l’Encyclique “LAUDATO SI” du Pape FRANçois (24 mai 2015)

Le 25 septembre 2015, le Pape François, s’exprimant à la tribune de l’O.N.U, exhortait les Etats à « aller au-delà des déclarations et d’être efficaces. »

Dans l’article 175 de son encyclique « Laudato si » du 24 mai 2015, il insistait sur la nécessité d’une « Autorité politique mondiale », esquissée par le Pape Saint Jean XXIII (Encyclique « Pacem in Terris ») et le Pape Benoît XVI (Encyclique « Caritas in veritate »), clef de voûte –à créer– de l’organisation internationale, destinée à veiller à l’application effective des accords entre gouvernements nationaux en tous domaines.

Article 175

La même logique qui entrave la prise de décisions drastiques pour inverser la tendance au réchauffement global, ne permet pas non plus d’atteindre une réaction globale plus responsable, qui implique en même temps la lutte pour la réduction de la pollution et le développement des pays et des régions pauvres. Le XXIè siècle, alors qu’il maintient un système de gouvernement propre aux époques passées, est le théâtre d’un affaiblissement du pouvoir des Etats nationaux, surtout parce que la dimension économique et financière, de caractère transnational, tend à prédominer sur la politique. Dans ce contexte, la maturation d’institutions internationales devient indispensable, qui doivent être plus fortes et efficacement organisées, avec des autorités désignées équitablement par accord entre les gouvernements nationaux, et dotées de pouvoir pour sanctionner. Comme l’a affirmé Benoît XVI dans la ligne déjà développée par la doctrine sociale de l’Eglise : « Pour le gouvernement de l’économie mondiale, pour assainir les économies frappées par la crise, pour prévenir son aggravation et de plus grands déséquilibres, pour procéder à un souhaitable désarmement intégral, pour arriver à la sécurité alimentaire et à la paix, pour assurer la protection de l’environnement et pour réguler les flux migratoires, il est urgent que soit mise en place une véritable Autorité politique mondiale telle qu’elle a déjà été esquissée par mon Prédécesseur, (saint) Jean XXIII ». Dans cette perspective, la diplomatie acquiert une importance inédite, en vue de promouvoir des stratégies internationales anticipant les problèmes plus graves qui finissent par affecter chacun.

PS :

  1. L’Association des Amis de Pierre Teilhard de Chardin ayant participé au voyage en Chine organisé par « La Vie », il est intéressant de reproduire les déclarations du Pape François sur la Chine, faites dans l’avion qui le ramenait à Rome après un voyage réussi aux Etats Unis où le Président chinois Xi Jin Ping effectuait également, un même moment, un voyage officiel.

Le Figaro du 29.09.2015

L’espoir d’un voyage en Chine

« La Chine est une grande nation, qui apporte au monde une grande culture et tant de bonnes choses. Cela me plairait tellement d’aller en Chine. J’aime le peuple chinois, je l’aime. Et j’espère qu’il y aura des possibilités d’avoir de bonnes relations. Nous avons des contacts et il faut aller de l’avant. Mais pour moi, avoir un ami, un pays ami comme la Chine, qui a une telle culture et tant de possibilités de faire le bien, ce serait une joie de m’y rendre. »

  1. Le Blog n° 28 du 28.12.2014 reste d’une actualité brûlante.

[1] Le 11 octobre 2015 : Fête de Saint Jean XXIII

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6 janvier 2015 2 06 /01 /janvier /2015 19:32

Georges Ordonnaud a créé un blog intitulé :

« Construire la Terre : pour une mondialisation organisée, maîtrisée et humanisée »

Lien : http://convergence-et-progrès.over-blog.com/

 

Blog n° 28 – Décembre 2014 – Georges Ordonnaud

 

 

LE PAPE FRANçOIS ET LA FOI EN LA PAIX[1]

 

                Ce blog a été repris et résumé dans une conférence prononcée lors d’un colloque organisé par l’INSTITUT ROBERT SCHUMAN POUR L’EUROPE (sous la responsabilité du Père Maurice Rieutord sj.) sur le thème « La Paix, réflexion à partir des messages et des discours du Pape François, le 12 décembre à Paris.

 

« LE PARDON, PORTE DE LA Réconciliation »

 

                Ces paroles du Pape François, qui nous accompagnerons tout au long de notre réflexion, sont tirées de son homélie, le 18 août 2014, pour la messe célébrée dans la Cathédrale de Séoul, en Corée du Sud.  Elles voulaient magnifier le devoir et les responsabilités des chrétiens coréens pour contribuer à régler un problème politique : LA REUNIFICATION DE LA COREE.

 

                A plusieurs reprises, le Pape François n’a pas hésité à associer dans les crises les plus graves que nous connaissons actuellement, les épreuves et les responsabilités des chrétiens, et plus largement de tous les croyants, au règlement des problèmes politiques des pays dans lesquels ils vivent.

 

                A l’occasion de son voyage en Corée du Sud, alors que son avion était exceptionnellement autorisé à survoler la République Populaire de Chine, le Pape François en profita pour lui adresser son salut, qui était aussi l’expression de son souhait de réconciliation entre l’Eglise Catholique et les autorités chinoises[2].

 

                On se souvient, bien entendu, de la journée de jeûne et de prière, en septembre 2013 au Vatican, pour éviter les bombardements occidentaux en Syrie, de son déplacement à la Lampedusa, de son voyage en Albanie et de la prière au Vatican, à son initiative, entre les Présidents d’Israël et de Palestine, après son séjour en Terre Sainte.

               

                Pape politique, au sens noble du terme, le Pape François l’a été à Strasbourg, à l’occasion de sa visite au Parlement Européen et au Conseil de l’Europe[3].

 

                Au Parlement Européen, où sont représentés les 28 pays de l’Union Européenne, il insista pour que l’Europe se réveille, retrouve ses valeurs pour exercer pleinement les responsabilités planétaires qui sont les siennes en tous domaines, -notamment sur le plan de la dignité de l’homme, de l’immigration et de l’environnement, -objet de sa prochaine Encyclique-, et, par conséquent, son indispensable unité politique.

                Au Conseil de l’Europe qui regroupe 46 Etats, dont la Russie, l’Ukraine et la Turquie, il rappela opportunément, -en  ces temps très dangereux à nouveau pour la paix en Europe-, la mission des membres de ce Conseil qui consiste à faire respecter les droits humains, la dignité de l’homme, le développement de la démocratie et de l’état de droit et, ce qui est la marque du Pape François, le dialogue qui implique précisément le « pardon, porte de la réconciliation » pour obtenir une vraie paix. Cela concerne, au premier chef, les chrétiens (catholiques, protestants et orthodoxes) qui vivent dans ces pays, tout comme les musulmans en Turquie.

 

                Pape politique -oh combien- au cours de son séjour en Turquie, (deux jours après son voyage à Strasbourg), du 28 au 30 novembre 2014.

 

                A Ankara, où il fut le premier chef d’Etat reçu dans le nouveau palais présidentiel (Vladimir Poutine lui succède 48 heures après !), il insista sur la nécessité pour « nous, musulmans et chrétiens », selon ses propres termes, de nous unir pour lutter contre le terrorisme et l’instrumentalisation des religions, où que ce soit, particulièrement en Irak et en Syrie.

 

                A Istanbul, en plus de sa visite à Sainte Sophie, de sa prière à la Mosquée bleue et de son entrevue avec des réfugiés du Moyen-Orient, il profita de sa nouvelle rencontre avec le Patriarche Bartoloméos et de la célébration de la Liturgie pour inciter catholiques et orthodoxes à communier entre eux, pas seulement dans le martyr au Moyen-Orient (« l’œcuménisme de la souffrance »), mais pour contribuer à y ramener la paix. De même, il leur demande de jouer un rôle décisif pour éviter un nouveau conflit en Europe, en raison de la situation en Ukraine. En effet, dans leur déclaration commune concernant l’Ukraine et, par conséquent aussi l’Union Européenne et la Russie, « ils attendent qu’un chemin de dialogue et de respect des droits internationaux, mettent fin à ce conflit… » ce que semble souhaiter également le Patriarche Kiril de Moscou, lors d’un récent Conceil ministériel de l’O.S.C.E., à Bâle, consacré au conflit en Ukraine et à la lutte contre le terrorisme international.

 

                Souvenons nous de l’appel déchirant du Pape François, le 27 juin 2014, à propos des crises en Ukraine et au Moyen-Orient : « Arrêtez-vous ! S’il vous plaît, je vous le demande de tout mon cœur, il est temps de vous arrêter. Arrêtez-vous ! ».

 

« Le pardon, porte de la réconciliation »…Comme il en faudra pour mettre fin à ces conflits !

 

 

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                Le DIALOGUE, marque du Pape François, indispensable pour mener au règlement des problèmes, en tous domaines, et, particulièrement, pour conduire à la paix, implique le pardon et, par conséquent, l’évolution préalable des esprits. C’était le point de vue de Vaclav Havel.

                Elle avait sa préférence plus que les actions des organisations internationales. Dieu sait si, pour le Père Teilhard de Chardin, l’acquisition d’un « Esprit de la Terre », d’un « Sens de l’Espèce », l’élévation de la « température psychique » étaient indispensables, mais sa vision d’une Humanité convergeant sur elle-même…et sur le point Ω, malgré son hétérogénéité, implique à un terme le plus rapproché possible, un « grand effort organisé » pour conduire à une « ORGANISATION HUMAINE UNIVERSELLE » qui, pour Saint Jean XXIII était une « Autorité publique de compétence universelle » (1963 – Encyclique « Pacem in Terris », écrite juste après le crise de Cuba qui faillit provoquer une guerre nucléaire entre les deux grands de l’époque), et qui, pour le Pape Benoît XVI, était nommée « Autorité politique mondiale » (2009 – Encyclique « Caritas in veritate »), ce qui était encore plus précis, même si le contenu était très proche. C’était pour eux la clef de voûte qui manque toujours à l’organisation internationale[4].

 

Cela signifie qu’il faut organiser le dialogue (« Le chemin du dialogue ») pour déboucher sur des décisions et des actions concrètes allant dans ce sens.

 

Dans ce but, que de progrès réalisés depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.

 

                L’O.N.U avec l’ensemble de son dispositif, du Conseil de Sécurité à l’O.I.T et à l’U.N.E.S.C.O…., ses organisations régionales, les multiples grandes conférences planétaires sur tous les sujets (climat et environnement notamment), le F.M.I., la Banque Mondiale et les Banques régionales de développement, mais aussi les regroupements régionaux d’Etats/Nations comme l’Union Européenne et la zone Euro, comme l’A.S.E.A.N., de même que la multiplication des O.N.G., la création de quelques partenariats, à dominante économique et commerciale, tels que la réunion Euro-Asiatique (A.S.E.M.), la réunion Transpacifique (A.P.E.C.), le comité de Shanghai (Chine-Russie-République d’Asie centrale), l’A.S.E.A.N + (avec la Chine, le Japon, l’Inde et la Russie), le G.8, le G.20…, mais aussi la Francophonie, et la réunion, en tous domaines, de comités de savants chargés d’éclairer les responsables politiques, de comités de sages, utiles eux aussi, même s’ils ressemblent un peu trop à des réunions de « chapeaux à plumes » !

 

                Tout ceci, pourtant, n’a pas suffit pour régler les problèmes les plus graves.

 

                En l’absence d’un leadership politique incontestable, (le Pape François ne l’assure-t-il pas en fait, comme certains de ses prédécesseurs[5] ?), en l’absence d’une « Autorité politique mondiale », même si nous ne sommes plus dans le cadre du Traité de Westphalie et des souverainetés absolues des Etats/Nations, c’est, pourtant, encore sur les seuls chefs d’Etat, et de gouvernement, même s’ils sont regroupés régionalement, que repose la prise de décision, surtout dans les cas les plus graves auxquels l’O.N.U. et le Conseil de Sécurité ne sont pas en mesure de faire face.

 

                Dans ces cas les plus graves qui nous occupent actuellement, le DIALOGUE est plus que jamais nécessaire, pour se connaitre, se respecter, ne pas cherche à diminuer –encore moins à humilier- l’autre. « Arrière…, ceux qui pensent grandir en diminuant leurs frères, individuellement, nationalement ou racialement » comme Teilhard l’écrivait, le 30 mars 1941  à Pékin où il était bloqué par l’occupation japonaise. Quelle prescience ![6]

 

                C’est bien, au contraire, tout en continuant à utiliser les canaux existants, donner à ce dialogue une traduction politique plus forte en établissant de nouveaux PARTENARIATS STRATEGIQUES, (les mieux adaptés à la résorption de ces crises graves), étapes indispensables à l’établissement d’une « Autorité politique mondiale ». Les problèmes à régler sont d’une telle gravité, et le seront de plus en plus (v. le texte prémonitoire du Père Teilhard de Chardin de 1954, en annexe) qu’il faut que nous soyons tous forts pour y parvenir. « Il faut des Nations pleinement conscientes pour une Terre totale » écrivait également le Père Teilhard de Chardin en 1939[7].

 


               
                Comme le disait le Pape François en Corée du Sud, les croyants ont une responsabilité particulière dans le règlement des conflits évoqués dans ses déclarations lors de ses déplacements récents. « Le Pardon, porte de la réconciliation ». Retenons-le.

 

 

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REGLEMENT DE LA CRISE UKRAINIENNE ET RELATIONS AVEC LA RUSSIE

 

                L’Europe ne va tout de même pas prendre le risque d’une nouvelle « guerre civile européenne » entre l’Ouest et la Russie à cause de cette absurde crise ukrainienne !

 

                L’Ukraine, qui fut, il y a mille ans, le berceau de la Russie (Kiev avant Moscou) et fit partie de l’U.R.S.S., est, en fait, un pays partagé entre l’Ouest plutôt catholique et tourné vers l’Europe occidentale et le reste du pays, orthodoxe, culturellement et linguistiquement tourné vers la Russie orthodoxe.

 

                Enfin l’ensemble du pays est étroitement imbriqué, encore, dans l’économie russe, sans parler des nombreux mariages mixtes entre ukrainiens et russes, catholiques et orthodoxes.

 

                Le problème de la Crimée mis à part –Sébastopol abrite la flotte russe de la Mer Noire-, deux initiatives concomitantes paraissent indispensables pour que l’Ukraine retrouve la paix en sauvegardant son intégrité et pour éviter une nouvelle confrontation Est-Ouest.

 

1.       Il appartient aux responsables politiques de l’Union Européenne de convaincre les autorités ukrainiennes que le seul moyen de préserver l’unité de leur pays est de respecter un cessez le feu à l’Est est de s’inspirer des exemples donnés par la Catalogne et l’Ecosse en acceptant que l’Est de l’Ukraine (Donbass notamment) acquiert un statut d’Etat non indépendant, intégré à l’Ukraine, mettant fin aux agressives tentations séparatistes. La Russie ne pourrait que se rallier à un tel accord (confirmation donnée par le Président russe, le 6 décembre 2014, au Président français lors de leur rencontre à Moscou. C’était, d’ailleurs, la position de Moscou au début de l’année 2014).

 

2.       Tout en agissant pour arriver au plus vite à cet accord, il appartient aussi aux responsables politiques européens, pour mettre fin à cette détestable ambiance de « guerre froide » renaissante et aux sanctions réciproques qui affaiblissent à la fois la Russie et l’Union Européenne, ce qui n’est bon ni pour l’une ni pour l’autre, de prendre l’initiative de réaliser le grand partenariat stratégique, en tous domaines, entre les pays de l’Union Eurasiatique (Russie-Biélorussie-Kazakhstan et bientôt Arménie etc.) et l’Union Européenne qui vient de promouvoir un accord d’association avec l’Ukraine, la Géorgie et la Moldavie, encore proches de la Russie par beaucoup de côtés.

 

                Un tel partenariat permettrait de sortir par le haut de la catastrophique crise actuelle et de faire disparaitre les craintes des Etats Baltes et de la Pologne, -par ailleurs déjà protégés par l’O.T.A.N-, et de les amener à accepter cette politique européenne d’ouverture (l’Union Européenne les comptant parmi ses membres).

 

                Avis adressé à la Chancelière allemande qui peut s’exprimer en russes avec les russes et les ukrainiens et au chef d’Etat français qui, lui, peut s’appuyer sur l’histoire pour prendre de telles initiatives (sa rencontre récente avec le Président russe va dans le bon sens, il était temps !).

                Leurs responsabilités sont particulièrement grandes.

                Ce pourrait être aussi l’occasion pour le Président des Etats Unis d’Amérique d’éviter de jeter de l’huile sur le feu sans tenir compte des intérêts européens et de remettre sur les rails le projet prometteur de « RESET » dans ses relations avec la Russie, comme il souhaite le faire avec Cuba, sur ce qui peut être appelé les conseils du Pape François.

 

                Souvenons-nous, justement, des causes de la crise de Cuba en 1963.

 

                Evitons ce qui peut apparaître comme des provocations. En effet, si nous souhaitons que la démocratie progresse en Russie, ce n’est pas en « grappillant » dangereusement les Etats qui la bordent -notamment l’Ukraine, son berceau-, en laissant espérer une adhésion à l’Union Européenne et, plus encore, à l’O.T.A.N –c’était le contenu des propos tenus par certains en occident, fin 2013, début 2014, au moment de la « Révolution de Maïdan », prélude, pour eux, à un « Maïdan russe »-, mais c’est, en rappelant à la Russie, à l’occasion de ce nouveau partenariat avec l’Union Européenne, qu’elle est membre du Conseil de l’Europe dont c’est, précisément, la mission.

 

                Par ailleurs, comme les chinois, les russes –et pas seulement Vladimir Poutine- veulent retrouver leur grandeur, réalisée par les Tsars depuis des temps immémoriaux. Pourquoi reprocher aux russes, ce qu’on ne reproche pas aux chinois ?

 

                Répétons-le : nous avons besoin de nations fortes pour régler au mieux et pacifiquement, les graves problèmes auxquels nous devons faire face.

 

                Etre fort, pour ne pas être éliminé par l’histoire. Se réveiller, à l’exemple des autres, ce devrait être l’objectif et la grande ambition de l’Europe.

 

 

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REGLEMENT DES PROBLEMES AU SUD DE LA MEDITERRANEE ET EN ORIENT

 

                Dans ce but, il serait indispensable d’établir un double partenariat.

 

1.       Partenariat entre les pays d’Europe[8] et les pays au sud de laMéditerranée (y compris Israël) auquel seraient associés les Etats Unis d’Amérique et, bien entendu le Vatican.

Ce partenariat prendrait le relais du Processus de Barcelone et du projet mort-né d’Union Méditerranéenne et serait, à la fois, culturel, religieux, politique, social, environnemental et économique. Pensons, notamment à ce projet prodigieux de production d’énergie solaire dans les régions sahariennes à condition que la sécurité y soit assurée, en mettant fin au terrorisme de groupes armés qui trouvent refuge, notamment dans le sud de la Libye, pays en plein chaos politique, et, qui mettent en danger les pays de la zone Sahélo-Saharienne.


 

2.       Un grand partenariat entre pays musulmans et les autres pays du G.20  (y compris la Chine, le Japon…)

Seraient associés à ce partenariat les pays de l’Union Européenne et du Conseil de l’Europe non membres du G.20, ainsi qu’Israël et le Vatican.

Ce partenariat serait également culturel, religieux,  politique, social et économique. Sur ce dernier point, sa priorité serait de mettre fin à l’effondrement des cours du pétrole provoqué par le maintien d’une trop forte production de l’Arabie saoudite notamment. Même si cela apporte, provisoirement, un ballon d’oxygène aux entreprises européennes et aux consommateurs, une chute trop forte des prix du pétrole gêne particulièrement l’Iran et la Russie dont les recettes diminuent ainsi que l’Algérie, le Nigéria, le Venezuela, mais aussi les Etats Unis et le Canada dans leur exploitation des gaz de schiste et de pétrole bitumineux. Cela ne peut, également, que freiner la diversification énergétique au profit des énergies renouvelables plus coûteuses (notamment l’éolien et le solaire) qui risque d’apporter un coup mortel à la grande conférence sur le climat de décembre 2015 à Paris[9].

 

                Si une décision pourrait être obtenue assez rapidement sur ce point, il ne peut en être de même sur l’autre priorité de ce partenariat, à savoir la lutte pour mettre fin au terrorisme et à l’instrumentalisation des religions qui entrainent des drames humains de grande ampleur du fait de la multiplication vertigineuse du nombre des réfugiés et des immigrants.

 

                La lutte actuelle contre DAECH en Irak, en Syrie, -avec ses métastases dans d’autres pays musulmans-, ne peut réussir en employant seulement des moyens militaires. Il est indispensable d’obtenir des Etats musulmans sunnites (Arabie Saoudite, pays du Golf dont le Qatar, l’Egypte notamment dont on sait le rôle joué par certains de leurs milieux religieux dans la naissance d’Al Qaïda, dans les attentats du 11 septembre 2001 et, plus récemment dans la création du califat par DAECH (nouveau Frankenstein !)) ainsi que des Etats Chiites (Iran et Irak dont les autorités de ce dernier pays ont favorisé, par leur comportement systématiquement anti-sunnite, la prolifération de DAECH), afin d’obtenir qu’ils réduisent les néfastes divisions et ambitions qui alimentent les conflits actuels et l’action de groupe armés terroristes.

                L’exemple, pas si lointain, de la fin des conflits, souvent sanglants entre catholiques, protestants et orthodoxes, prouve que cela est possible.

 

                Je n’oublie pas, évidemment, la nécessité de trouver, enfin, une issue au drame Israélo-palestinien.

 

                Dans tous ces cas, vraiment, « le pardon est la porte de la réconciliation ». Il est donc temps de transformer l’actuelle coalition militaire entre pays musulmans et occidentaux en grand partenariat stratégique plus large et en tous domaines, seul en mesure de ramener la paix dans cette partie du monde.

 

                Trois jours après le séjour du Pape François en Turquie, ses paroles –« nous musulmans et chrétiens »- ont reçu un écho. L’Imam de l’Université d’Al Azar du Caire, principal Institut musulman sunnite, y a organisé une grande réunion, associant des centaines de savants musulmans et d’imams sunnites et shiites du monde entier, ainsi que des représentants des diverses Eglises chrétiennes d’Orient. Elle avait pour but de prendre toutes les mesures, dans le monde musulman, pour empêcher toute barbarie sanguinaire contraire au sens de l’Islam[10].

 

 

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Je voudrais terminer sur cette note d’espoir qui prolonge les prières et l’action du Pape François et l’appel déchirant du Pape Paul VI devant l’Assemblée générale de l’O.N.U : « Plus jamais la guerre ».

 

                En effet, il faut savoir ce que nous voulons : la paix. La paix dont nous parlons, n’est pas la paix d’un monde statique, mais d’un monde en mouvement, d’un monde, certes hétérogène, en mouvement vers son unité, d’un monde solidaire et convergeant, sur une Terre qui rétrécit, comme le Père Teilhard de Chardin nous l’annonçait.

 

                Pour parvenir à cette paix là, toutes les directions ne sont pas bonnes, nous disait-il également. M’efforçant de m’inspirer de lui, j’ai fait des propositions qui peuvent surprendre, choquer certains, ou paraître utopiques. Encore une fois, il faut savoir ce que nous voulons. Et, si nous avons « Foi en la Paix » comme le Pape François et ses prédécesseurs, élevons notre « température psychique », développons un « Sens de l’Espèce » et un « Esprit de la Terre », la Paix est à ce prix.

 

                Face aux problèmes graves que nous ne cesserons de connaitre, la responsabilité des européens est particulièrement forte.

 

                « Europe réveille toi ! » On comprend mieux cette objurgation pressante du Pape François, à Strasbourg. En flèche pour créer tous ces grands partenariats -étapes vers un G.20 aux compétences élargies et surtout vers une « Autorité politique mondiale »-, les responsables politiques de l’Union Européenne s’élèveraient au-dessus des questions purement « techniques » ou trop étroitement politiques, qui les occupent excessivement actuellement, en exerçant les responsabilités réellement planétaires qui le monde attend d’eux.

 

 

 

 

 

Georges Ordonnaud – Blois – décembre 2014


 

ANNEXE

Citation du Père Teilhard de Chardin dans « Les singularités de l’espèce humaine » (tome II – Le Seuil – « l’apparition de l’homme » p. 354-355). Texte écrit en 1954, un an avant son décès, que je ne cesse de citer depuis la sortie de mon ouvrage « L’Aube de l’âge Teilhardien » (L’Harmattan – 2006/2007). Cette citation a été reprise par le Père Henri Madelin sj. dans un article du quotidien « La Croix » du 6.2.2014, intitulé « Le futur de l’Humanité  selon Teilhard de Chardin ».

« Les singularités de l’espèce humaine » (1954 – in tome II – Le Seuil). « …Si, en ce moment, parler d’organisation humaine universelle semble être (et est probablement, en fait) une utopie, qui nous dit que l’opération ne se fera pas toute seule demain, quand l’Homme se trouvera porté, par évidence généralisée de convergence phylétique, à une forme insoupçonnée de « Sens de l’Espèce »[11].

Et ici qu’on m’entende bien. Lorsque je parle de l’Humanité unanimisée, ce à quoi je pense n’a rien de commun avec une sorte d’euphorie confortable et vertueuse…, une hominisation de convergence ne peut finir qu’en paroxysme. Même cohérée sur soi, par la conscience enfin actuée de sa destinée commune, l’humanité passera donc demain, soit dans son effort pour définir et formuler l’unité qui l’attend, soit dans le choix et l’application des moyens les plus appropriés pour y atteindre, par des conflits intérieurs plus violents encore que ceux que nous connaissons. Mais ces phénomènes de tension justement parce qu’ils se développeront en un milieu humain beaucoup plus polarisé vers l’avenir, que nous ne pouvons pas encore l’imaginer, ont grand-chance de perdre la stérile amertume particulière à nos luttes présentes. Sans compter qu’au sein d’une telle atmosphère de « conspiration » certaines opérations de caractère universel peuvent être envisagées comme réalisables dont il ne saurait être question dans l’état d’inagrégation psychique où nous végétons encore aujourd’hui ».

 



[1] « LA FOI EN LA PAIX », texte du Père Teilhard de Chardin de janvier 1947 in tome V – Le Seuil – « L’avenir de l’Homme » - pages 189 à 197. Voir également mon blog n° 27 du 6 août 2014, « Le rêve du 11 octobre 2014, jour de la fête de Saint Jean XXIII (in revue « Teilhard aujourd’hui » - n° 51 – septembre 2014).

[2] Voir mon blog n° 24 – mai 2013 – « De la Chine du chaos, à la Chine de la renaissance et de la convergence » à l’occasion du colloque de Lisbonne – 25/26 mai 2013 (n° 47 de la revue « Teilhard aujourd’hui » – octobre 2013).

[3] Voir mon blog n° 26, de décembre 2013 : « Teilhard de Chardin – La construction de la Terre – Responsabilité, rôle et vocation de l’Europe », qui fut l’objet de mon intervention, en décembre 2013 dans le même cadre que cette conférence.

[4] Voir note 3, ainsi que mon blog n° 5 de juillet 2009 sur l’Encyclique du Pape Benoît XVI (« Caritas in Veritate ») et le texte du Père Teilhard de Chardin dans « Les singularités de l’espèce humaine » - 1954 – Le Seuil – tome II : « L’apparition de l’homme », en annexe.

[5] Souvenons-nous de ce moment, également politique, que furent les obsèques du Pape Jean Paul II !

[6] Dans « Réflexions sur le progrès » - Pékin – 1941 – in tome V – Le Seuil : « L’avenir de l’homme », page 97.

[7] « Les unités humaines naturelle » - 1939 – Le Seuil – tome III

[8] Pays membres de l’Union Européenne et aussi du Conseil de l’Europe (dont sont membres ….la Russie, l’Ukraine et la Turquie ne l’oublions pas !).

[9] L’Encyclique du Pape François sur ce thème, pourra, sans doute, contribuer à aider les responsables politiques à trouver des solutions raisonnables, à préserver l’avenir de la planète et, par conséquent, la paix.

[10] Le récent attentat de Peshavar, au Pakistan, confirme l’urgence de cette prise de conscience et des décisions à prendre pour y mettre fin.

[11] Teilhard de Chardin parlait aussi de la nécessité d’avoir une assez haute « température psychique ».

20 août 2014 3 20 /08 /août /2014 14:05

 

Blog n° 27 – 6 août 2014 – Blois – Georges Ordonnaud

 

 

LE Rêve DU 11 OCTOBRE 2014

Jour de la fête de Saint Jean XXIII

 

 

 

                Faisons un rêve ! Ce jour-là tous les chefs d’Etats et de Gouvernements de la planète font le même rêve.

 

                C’est sur eux, avant tout, que repose l’avenir de la planète, sans, pour autant, sous-estimer les responsabilités des organisations internationales actuelles et des sociétés civiles.

 

                Dans ce rêve, le Pape François leur apparait à côté de Saint Jean XXIII, le « bon Pape » à qui nous devons le Concile Vatican II qui fut, notamment le concile d’ouverture au Monde (1962-1965).

Il fut clôturé par le Pape Paul VI, en 1965, avec la Constitution Pastorale « Gaudium et spes » aux accents teilhardiens[1].

 

                Quelques semaines avant son décès, en 1963, Saint Jean XXIII avait fait paraitre l’Encyclique « Pacem in Terris », en pleine guerre froide, peu après la crise de Cuba…durant le Concile ! Il n’hésitait pas dans celle-ci, à affirmer qu’il manquait à l’Organisation Internationale la clef de voûte qu’il appelait de ses vœux, une « Autorité publique de compétence universelle » que le Pape Benoit XVI, dans son Encyclique « Caritas in Veritate » (2009) a nommé, avec encore plus de précision « une Autorité politique mondiale ». Benoit XVI dit bien politique, ce que certains occultent trop souvent, faussant ainsi l’importance et la portée véritable de cette Encyclique[2].

 

                Dans ce rêve se profilaient, derrière le Pape François et Saint Jean XXIII, les Papes Paul VI, Saint Jean Paul I et Benoit XVI.

 

*

* * * *

*

 

                Voici ce que disait le Pape François, durant ce rêve, à tous les chefs d’Etat et de Gouvernement.

 

                En ce début de XXIème siècle, le monde reste secoué par de graves conflits et de dangereuses tensions, au Proche et Moyen Orient avec les combats sans fin entre Israël et la Palestine à Gaza, par les luttes fratricides, dans le Monde musulman entre sunnites et Chiites qui ont des répercussions dramatiques pour les groupes ethniques minoritaires et les communautés chrétiennes parmi les plus anciennes de la planète, notamment en Irak. Tensions également en Afrique, au Sahel autour d’une Libye en pleine décomposition, en Europe avec cet absurde conflit en Ukraine, en Asie aux frontières maritimes de la Chine et dans sa province de l’ouest.

Enfin, des problèmes de plus en plus nombreux, aux répercussions planétaires, même ceux qui ont des origines purement locales, s’imposent impérativement à vous.

 

J’en fais l’énonciation non exhaustive :

 

-          crises financières, monétaires, économiques et commerciales qui freinent la croissance des plus riches et le développement des plus pauvres ;

-          crises sociales et humaines résultat du chômage et des mouvements migratoires en hausse inquiétante, en raison de ces crises économiques mais aussi politiques avec des atteintes croissantes aux Droits de l’Homme et aux libertés religieuses ;

-          aggravation des trafics, en tous genres, et du terrorisme ;

-          insuffisances notoires en matière d’éducation de santé, d’accès à l’eau et aux produits alimentaires, aggravée par la croissance démographique depuis le siècle dernier ;

-          réchauffement climatique excessif aux conséquences désastreuses et protection insuffisante de notre environnement, etc.

 

                Devant une telle accumulation de problèmes, vous adoptez, encore trop souvent, des politiques à courte vue répondant à des intérêts purement nationaux et à court terme.

 

                Certes, le concept de subsidiarité donne à chacun de vous des responsabilités propres, mais de plus en plus, je vous en prie, vous devez vous unir pour trouver des solutions efficaces et régler vraiment durablement vos problèmes, faisant ainsi preuve d’un esprit de «solidarité humaine, digne des « terrestres » que vous êtes.

 

                La réalisation de l’Union Européenne et de la zone Euro vont dans ce sens et servent d’exemple à l’A.S.E.A.N., au rassemblement des pays émergents, au G.20, de même que la création des organisations internationales et régionales témoigne de votre prise de conscience. Mais ce n’est pas suffisant.

 

                Vous commencez seulement à comprendre que si « l’âge des nations…qui se croient les héritières exclusives des promesses de la vie…est passé…Il faut des nations pleinement conscientes pour une Terre totale » comme le disait, avec prémonition le Père Teilhard de Chardin dans les années 1930.

 

                Vous commencez seulement à comprendre que l’avenir et le développement de chaque nation ou groupe de nations dépendent non de l’affaiblissement des autres, mais de leur renforcement et qu’il n’est pas bon de chercher à humilier un peuple en difficulté, qu’il s’agisse de la Chine après le Traité de Nankin (1842) et les traités inégaux, de l’Allemagne après le Traité de paix de 1919 et, plus récemment, de la Russie après l’effondrement de l’U.R.S.S.

 

                Dans ce dernier cas, même si cela ne correspondait pas à une politique officielle et affirmée, à quoi pouvait aboutir ce grappillage par incorporation progressive dans l’Union Européenne et dans l’OTAN, voulue par certains en Occident, de la Géorgie (crise de 2008) et de l’Ukraine (crise beaucoup plus grave de 2013/2014.



                N’aurait-il pas été préférable et ne vaudrait-il pas mieux, pour éviter les risques d’escalade, de redonner vie au grand projet de partenariat stratégique entre l’Union Européenne et la Russie en l’élargissant à Union Eurasiatique initiée par la Russie. Cela permettrait de sortir par le haut de la crise ukrainienne qui conduit à une impasse dangereuse.

 

                C’est votre responsabilité propre, dirigeants politiques européens. D’autant plus que cette crise vous détourne de responsabilités plus importantes, que le monde attend que vous preniez, dans les pays du Sahel au sud de la Libye pour faire disparaitre un dangereux foyer de terrorisme.

                De même, dirigeant politiques européens, ne devriez-vous pas prendre la tête d’un vaste mouvement international, s’appuyant sur une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU, et comprenant notamment les Etats Unis, la Russie, les pays émergents dont la Chine et, bien entendu, la Turquie, l’Arabie Saoudite, les pays du Golfe et l’Iran, ainsi qu’Israël et la Palestine, pour éviter que ce « trou noir » naissant au Proche et Moyen Orient n’empoisonne nos vies.

 

                Responsables politiques du monde entier, pour régler vos problèmes innombrables, multipliez les partenariats stratégiques croisés entre vos nations et groupes de nations, en vous appuyant sur le réseau des organisations internationales et régionales, partenariats qui constitueront autant d’étapes indispensables –comme le fut le G.20 après la crise asiatique de la fin du XXème siècle et celle de 2008 –pour aboutir à « l’AUTORITE POLITIQUE MONDIALE » instamment proposée par mes prédécesseurs, devenue une nécessité après avoir été longtemps une utopie. 

 

                Je voudrais encore vous citer un texte prémonitoire du Père Teilhard de Chardin dans « Les Singularités de l’espèce humaine » écrit en 1954, un an avant sa mort :

 

                « Si, en ce moment, parler d’organisation humaine universelle semble être (et est probablement, en fait) une utopie, qui nous dit que l’opération ne se fera pas seule demain, quand l’Homme se trouvera porté, par évidence généralisée de convergence phylétique, à quelque forme insoupçonnée de ‘Sens de l’Espèce’.

                L’humanité passera donc demain…par des conflits intérieurs plus violents encore que ceux que nous connaissons. Mais ces phénomènes de tension, justement parce qu’ils se développeront en un milieu humain beaucoup plus polarisé vers l’avenir, que nous ne pouvons encore l’imaginer, ont grand-chance de perdre la stérile amertume particulière à nos luttes présentes. »

 

 

*

* * * *

*

 

                Le Pape François apparut une dernière fois dans ce rêve étonnant des chefs d’Etat et de gouvernements, responsables politiques de la planète, pour leur dire à nouveau dans son style simple, direct et impérieux, à propos de la crise en Ukraine et au Moyen Orient :

                « Arrêtez-vous ! S’il vous plait, je vous le demande de tout mon cœur, il est temps de vous arrêtez, arrêtez-vous ! », cette phrase a été prononcée le 27 juin 2014. Elle fut confirmée par son appel au secrétariat de l’ONU, avant son déplacement en Corée du Sud , à propose de la crise au Moyen Orient.  

 

                « Et maintenant, réveillez-vous pour construire une Terre digne de l’Homme, et pour ceux qui croient en Dieu, en accord avec la Terre promise ».

 

 

Georges Ordonnaud – Blois – 6 août 2014



[1]  Voir les textes du Père Teilhard de Chardin : « Note pour servir l’évangélisation des temps nouveaux » -   Strasbourg - Epiphanie 1919, in « Les Ecrits du temps de la guerre » (Le Seuil, Tome XIII – pages 397 à 414) et « Quelques réflexions sur la conversion du Monde » - Pékin 1936 (Le Seuil – Tome IX – pages 155 à 166). Voir également mon ouvrage « L’Aube de l’âge teilhardien » (L’Harmattan – 2006 – pages 183 à 192). 

 

[2] Voir mon blog n°5 du 31.07.2009.

   Georges Ordonnaud a créé un blog intitulé : « Construire la Terre : pour une mondialisation organisée, maîtrisée et humanisée »

   Lien : http://convergence-et-progrès.over-blog.com/

 

 

17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 14:36

 

Blog n° 26 – Décembre 2013 – Georges Ordonnaud

 

Georges Ordonnaud a créé un blog intitulé :

« Construire la Terre : pour une mondialisation organisée, maîtrisée et humanisée »

Lien : http://convergence-et-progrès.over-blog.com/

 

 

TEILHARD DE CHARDIN – LA CONSTRUCTION DE LA TERRE 

RESPONSABILITES ET RÔLE DE L’EUROPE

 

 

                A l’occasion du 50ème anniversaire de la mort de Robert Schuman, une conférence internationale est organisée par l’Institut Robert Schuman pour l’Europe le 13 décembre 2013 au Centre de la Conférence des Evêques de France.

 

                Les organisateurs de cette conférence m’ont demandé en quoi la vision du Père Teilhard de Chardin pouvait contribuer à justifier les responsabilités particulières, le rôle et la vocation de l’Europe dans son contexte international, celui de la « Construction de la Terre ».

 

 

 

LA VISION TEILHARDIENNE

 

                Rédigé en 1916 à Nieuport, le premier des « Ecrits du Temps de la guerre » du Père Teilhard s’intitule « La vie cosmique » et comprend trois chapitres : La Communion avec la Terre - La Communion avec Dieu - La Communion avec Dieu par la Terre.

 

En 1955, trois jours avant son décès à New York, il écrit dans la dernière page de son journal « Cosmos : Cosmogénèse – biogenèse – noogenèse – christogénèse ».

 

Ces citations pourraient suffire à résumer la vie, la pensée, la vision du Père Teilhard, savant de renommée internationale, jésuite, chantre d’un « Christ toujours plus grand » (Père Gustave Martelet, sj) et « Prophète du futur de l’humanité » (P. Henri Madelin, sj) et de la « Construction de la terre » (Noosphère).

 

               On oublie, en effet, trop souvent, qu’un bon tiers des écrits du Père Teilhard sont consacrés à ce dernier thème (v. mon blog n° 10). Suivant l’axe de complexité / conscience et après franchissement des pas de la vie (biogenèse) et de la réflexion (noogenèse), dans laquelle nous venons d’entrer, nous sommes, désormais, « la pointe responsable du processus cosmique » (lettre de 1941), chargé de « construire la Terre » par la convergence progressive en Oméga des personnes humaines rassemblées dans ce qu’il appelait les « Unités humaines naturelles » aussi hétérogènes soient elles. C’est ce que j’ai appelé dans un livre de 2007 « L’Aube de l’âge Teilhardien » (L’Harmattan).

 

               Dans leur livre « Notre foi en ce siècle » (2002), dans le droit fil de la pensée du Père Teilhard, MM. Michel Camdessus, Jean Boissonnat et Michel Albert, n’écrivaient-ils pas « Nous sommes la première génération dans l’histoire à être appelée à l’organisation et à la gestion du Monde ».


 

LA CONSTRUCTION DE LA TERRE

 

Vers une « Organisation humaine universelle »

 

                En effet, avec la mondialisation, les problèmes qui se posent à l’humanité, en tous domaines, sont de plus en plus planétaires et appellent des solutions planétaires.
                Or, malgré les initiatives des Etats/Nations, acteurs toujours incontournables de la vie internationale, malgré la multiplication des organisations internationales liées à l’O.N.U. ou indépendantes d’elle (comme le G. 20), on est loin du compte. En dépit d’avancées réelles, combien de domaines sont encore délaissés ou traités superficiellement : où en est, notamment, la prévention des conflits et du terrorisme, la protection des Droits de l’homme, la gestion des problèmes de l’énergie, de l’eau, de l’immigration, de l’environnement et du dérèglement climatique, sans parler, comme le disait récemment Michel Camdessus, de l’inexistence d’un système monétaire international malgré les efforts faits pour juguler provisoirement la crise née en 2008 ?

 

                Ne manquerait-il pas une « Organisation humaine universelle » pour assurer une bonne gestion du monde ?

 

                Voici ce que le Père Teilhard écrivait, dans un texte prémonitoire, un an avant son décès, faisant preuve d’un réalisme saisissant !

 

« Les singularités de l’espèce humaine » (1954 – in tome II – Le Seuil). « …Si, en ce moment, parler d’organisation humaine universelle semble être (et est probablement, en fait) une utopie, qui nous dit que l’opération ne se fera pas toute seule demain, quand l’Homme se trouvera porté, par évidence généralisée de convergence phylétique, à une forme insoupçonnée de « Sens de l’Espèce ».

Et ici qu’on m’entende bien. Lorsque je parle de l’Humanité unanimisée, ce à quoi je pense n’a rien de commun avec une sorte d’euphorie confortable et vertueuse…, une hominisation de convergence ne peut finir qu’en paroxysme. Même cohérée sur soi, par la conscience enfin actuée de sa destinée commune, l’humanité passera donc demain, soit dans son effort pour définir et formuler l’unité qui l’attend, soit dans le choix et l’application des moyens les plus appropriés pour y atteindre, par des conflits intérieurs plus violents encore que ceux que nous connaissons. Mais ces phénomènes de tension justement parce qu’ils se développeront en un milieu humain beaucoup plus polarisé vers l’avenir, que nous ne pouvons encore l’imaginer, ont grand-chance de perdre la stérile amertume particulière à nos luttes présentes. Sans compter qu’au sein d’une telle atmosphère de « conspiration » certaines opérations de caractère universel peuvent être envisagées comme réalisables dont il ne saurait être question dans l’état d’inagrégation psychique où nous végétons encore aujourd’hui ».

 

Deux Papes ont fait le même constat : il manque, en effet, une clef de voûte au système international.

                Jean XXIII dans l’Encyclique « Pacem in Terris » (1963) proposait la création d’une « Autorité publique de compétence universelle » : quelle prescience et quel courage de faire une telle proposition en pleine guerre froide !

                Benoît XVI dans l’Encyclique « Caritas in Veritate » (2009) ira même jusqu’à parler d’une « Autorité politique mondiale » et insistant sur l’urgence de sa création (v. blog n°5).

Tous deux précisent le rôle de cette clef de voûte utilisant le principe de subsidiarité en laissant leurs responsabilités à tous les acteurs de la vie internationale.

                Certes, un tel organisme ne pourra voir le jour qu’à la condition, comme disait Teilhard, que la « température psychique » (« Sens de l’Espèce ») de l’humanité ait suffisamment monté.

                On peut espérer et souhaiter que le nouveau Pape François fasse monter cette « température psychique » en engageant résolument l’Eglise et tous les acteurs de la vie internationale sur cette voie.

 

« Il faut des nations pleinement conscientes pour une Terre totale »

(Citation du Père Teilhard dans les « Unités humaines naturelles » - 1939)

 

En effet, pour réaliser cette « organisation humaine universelle », il est nécessaire et légitime que les grandes nations/continents (U.S.A – Chine – Inde – Russie – Brésil) et les autres nations et groupes de nations (comme l’Europe/U.E et l’A.S.E.A.N. etc.) qui se constituent sur tous les continents, progressent –si possible en même temps pour éviter tout déséquilibre dangereux–, affirment leur identité, exercent leurs responsabilités et participent à « l’affaire humaine » et ne restent pas  « hors jeu » (Père Teilhard). Dans sa récente encyclique, le Pape François affirme que la Paix ne peut être que « le fruit du développement intégral de tous ».

Mais, il est également indispensable que, pour éviter toute dérive ultranationaliste ou impérialiste, toutes les nations réalisent bien que, sur cette Terre qui rétrécie, elles sont toutes solidaires, qu’elles habitent la même « maison commune » et qu’elles ont à organiser et gérer au mieux le monde.

 

RESPONSABILITES, RÔLE ET VOCATION DE L’EUROPE

 

        Paraphrasant Teilhard de Chardin, je dirai qu’il faut une Europe consciente pour une Terre totale. L’Europe répond aux conditions évoquées précédemment et est mieux placée que quiconque pour contribuer efficacement à la « Construction de la Terre » et à y assurer la Paix. Elle dispose, en effet, d’atouts qui sont loin d’être négligeables, malgré les conséquences de la crise récente qui a provoqué une forte baisse de la croissance et une forte montée du chômage.

 

Ces atouts sont les suivants :

 

Une population qui reste importante ;

Une éducation et une technologie de pointe et innovante ;

Une force économique, financière, monétaire qui en font un des plus grands marchés du monde et un des plus importants investisseurs à l’extérieur ;

Une protection sociale et un système de santé enviés ;

Un état de droit, toujours à améliorer, qui permet d’assurer liberté, protection des Droits de l’homme et exercice de la Démocratie, idéal à atteindre pour beaucoup ;

Un genre de vie et une richesse culturelle (littérature – musique – peinture – sculpture – architecture et arts divers…) qui attirent le monde entier et un flot de touristes ;

La coexistence de toutes les religions et philosophies héritées de la Grèce, de Rome, du Christianisme, des « Lumières » ainsi que de l’ouverture aux civilisations et croyances de la planète. Certes, cette ouverture résulte, à la fois, du dynamisme propre à l’Europe, de sa curiosité vis-à-vis des autres, mais aussi de l’expansion coloniale, de la création d’Empires, qui ont impliqués la plupart des pays européens. Ces aventures se sont mal terminées, dans beaucoup de cas, et l’Europe n’a plus aucune envie de les renouveler. Mais elles lui ont donné une connaissance du monde que n’ont pas la plupart des autres nations.

Enfin, l’Europe a donné un bel exemple : elle a réussi à établir la paix entre ses membres après des siècles de guerres que l’on peut maintenant qualifier de « guerres civiles ».

 

        Et pourtant, l’Europe est, actuellement, dans un triste état. Fait-elle fausse route ? On peut le penser. Et cependant, la relance de la machine est à notre portée.

 

        Nous devons d’abord continuer à prendre les mesures destinées à surmonter la crise née en 2008 :

 

Achever de créer l’indispensable Union Bancaire, adossée à la Banque Centrale Européenne (B.C.E.), utiliser au mieux les dispositifs mis en place pour mettre de l’ordre dans le système bancaire et réaliser une mutualisation, progressive et au moins partielle, des dettes souveraines (création d’un Trésor européen) ;

Veiller à maintenir l’Euro à un taux acceptable ;

Faire preuve de discipline et de convergence sur le plan budgétaire et de la compétitivité ;

Faire converger les politiques énergétiques, de réindustrialisation, de rénovation rurale, les politiques sociales, de l’emploi et de l’éducation pour faire baisser impérativement le chômage, notamment celui des jeunes ;

Réaliser des investissements communs pour relancer la croissance dans les domaines prioritaires (nouvelles sources d’énergie – nouvelles technologies – éducation – etc.) ;

Poursuivre la mise en place d’une diplomatie commune et élaborer une politique de l’immigration ;

Créer une véritable politique de défense européenne, même si le maintien de forces nucléaires stratégiques nationales en France et en Grande-Bretagne pose un problème particulier ;

Enfin, réaliser une véritable Europe des citoyens, notamment en renforçant le rôle du Parlement européen.

 

        Le symbole fort serait de faire en sorte qu’un Monsieur Europe, bien choisi, soit désigné, d’abord par les chefs d’état et de gouvernement à la tête de la Commission, du Conseil européen et de la Zone Euro, avant, dans un deuxième temps, d’être élu par tous les européens.

 

        Ce Monsieur Europe devrait être, avant tout, la mouche du coche des chefs d’état et de gouvernement en veillant à la mise en œuvre effective de toutes les politiques de convergence et d’intégration et au respect de l’agenda qu’ils auraient établi d’un commun accord.

        Ce symbole fort confirmerait la volonté de renaissance de l’Europe. Espérons que les chefs d’état et de gouvernement auront une hauteur de vue, une vision des intérêts à long terme et de la vocation de l’Europe qui leur permettront de dépasser la crainte que ce Monsieur Europe leur fasse de l’ombre ! Question de « Température psychique » !

 

        Une telle perspective peut paraître utopique, mais la montée des autres nations, notamment émergentes, nous laissera-t-elle le choix ? L’Europe doit redevenir forte pour survivre et ne pas « sortir de l’Histoire » comme certains le craignent. Mais pas seulement pour cela. L’Europe était, il y a peu, un exemple et pourrait le redevenir à condition que les européens veuillent toujours l’être, prennent les mesures pour qu’une Europe renaissante reste forte et qu’ils acceptent leur vocation toute particulière d’être les acteurs principaux d’une « Construction de la Terre » correspondant à nos valeurs accordant la primauté à la personne humaine. C’est le devoir des européens.

 

                Quel plus bel hommage serait, ainsi, rendu à Robert Schuman, que de réaliser, au-delà de l’Europe de la réconciliation entre la France et l’Allemagne, celle de la réconciliation de l’Europe avec le Monde à organiser et à gérer au mieux pour assurer une paix durable.

 

Georges Ordonnaud – Blois – 1er décembre 2013


RESUME DE L’INTERVENTION DE GEORGES ORDONNAUD (Blog n° 26)

 

Citations du Père Teilhard de 1916 et 1955, résumant sa vision :

« Communion avec la Terre – Communion avec Dieu – Communion avec Dieu par la Terre »

« Cosmogénèse – Biogénèse – Noogénèse – Christogénèse »

 

Nous entrons dans la phase de Noogénèse qui est aussi l’ère de la planétisation (à problèmes planétaires, réponses planétaires). Cela conduit à…

…  « Une organisation humaine universelle » dont la clé de voûte devrait être « une autorité publique de compétence universelle » (Jean XXIII) ou « une autorité politique mondiale » (Benoît XVI), qui veillerait à l’application effective des décisions –allant dans la bonne direction–, prises par les acteurs de la vie internationales (états/nations, groupes d’états/nations et organisations internationales) ou prises par elle-même (suivant le principe de subsidiarité) en vue de …

… « La Construction de la Terre » (organiser et gérer la Noosphère).

Mais, pour atteindre ce but, « il faut des nations pleinement conscientes pour une terre totale ».

Il est, donc, nécessaire et légitime de construire une Europe forte

… non seulement pour survivre et ne pas rester « hors jeu » …

… mais aussi pour contribuer à une « construction de la terre » conforme à nos valeurs qui accordent la primauté à la personne humaine.

C’est la vocation particulière de l’Europe, et, en son sein, tout spécialement de la France. C’est leur devoir.

Dans cette perspective il faut que l’Europe se dote d’un symbole fort, un Monsieur Europe, bien choisi, à la fois Président de la Commission, du Conseil Européen et de la Zone Euro, qui aurait pour mission de réaliser, au plus vite, la convergence et l’intégration des politiques –en tous domaines–, voulues par les responsables nationaux et de contribuer à créer une véritable Europe des citoyens, notamment en renforçant le rôle du Parlement européen.

 

 

Teilhard de Chardin parlait aussi de la nécessité d’avoir une assez haute « température psychique ».

27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 18:49

 

Blog n° 25 – Août 2013 – Georges Ordonnaud

 


 

 

 LE PAPE FRANCOIS ET LES RICHOCHETS

DES J.M.J DE JUILLET 2013 AU BRESIL

 

 

 

Les répercussions des J.M.J de juillet 2013 sont, en effet, multiples et justifient l’image de ricochets.

 

·         Rassembler des millions de jeunes dans l’enthousiasme, c’est, en soi, un grand succès pour l’Eglise du Christ, à mettre au crédit du Pape François dont la mission principale est d’étendre l’influence et le rayonnement de celle-ci.

 

·         Rassembler des jeunes sans les opposer aux anciens, « mémoire et sagesse d’un peuple », c’est « montrer la richesse du dialogue entre les générations » et manifester le souci d’unité de l’Eglise dans le temps et dans l’espace.

 

·         Rassembler autant de jeunes et conquérir leurs cœurs, c’est faire aussi bien, si ce n’est mieux, que les Evangélistes, pas seulement au Brésil mais dans le monde entier.

 

·         Rassembler et enthousiasmer des jeunes en les invitant à ne pas hésiter à aller dans les périphéries « et à devenir des révolutionnaires », c’est, aussi, fermer définitivement la parenthèse de la « Théologie de la libération », et se faire des alliés de ces jeunes :

 

-          pour rajeunir et ragaillardir l’Eglise, même au prix d’un peu de « bazar » et de « pagaille » ;

-          pour mettre de l’ordre dans l’Eglise, en réformant la Curie et en rendant ses finances transparentes. Comment l’Eglise pourrait-elle être un exemple pour le monde, si elle n’est pas, elle-même, exemplaire ?

 

·         Rassembler et convaincre les jeunes :

 

-          en parlant davantage de miséricorde que de condamnation,

-          en adoptant la bonne méthode dans les relations avec les hommes –chrétiens et non chrétiens– et pour faire face aux défis qu’affronte le monde, c'est-à-dire « le dialogue, le dialogue, le dialogue ».

               


                Bref, pour le Pape François, montrer la « richesse, pour l’Eglise, du dialogue avec le monde actuel », c’est cela, très largement, contribuer à « l’évangélisation des Temps nouveaux » pour reprendre les termes employés par P. Teilhard de Chardin dans une note de 1919 reproduite dans les « Ecrits du temps de la guerre » (T. XIII, éd. du Seuil), termes, sans doute, plus justes et moins ambigus que ceux de « nouvelle évangélisation » qui font un peu trop penser à de simples pratiques (des « trucs » ?) pour lutter contre « l’apostasie silencieuse » de beaucoup de chrétiens et pour attirer de nouveaux fidèles.

 

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Ces « ricochets » sont autant de préalables pour restituer à l’Eglise sa place au premier rang de l’Humanité pour « construire la Terre », « construire la Paix » dans sa marche vers le point de convergence final.

                Ne serait-ce pas là la priorité des priorités pour rendre l’Eglise du Christ vraiment attirante ? N’était-ce pas là l’ambition de Vatican II, notamment dans la Constitution pastorale « Gaudium et spes » ? [1]

                Faudrait-il pour cela une nouvelle encyclique ? Ne suffirait-il pas de réaffirmer les propositions, dont l’application ne pourrait-être, évidemment, que progressive, du bon Pape Jean XXIII dans l’encyclique « Pacem in Terris » (1963) et du Pape Benoit XVI dans l’encyclique « Caritas in veritate » (2009), qui insistaient tous deux sur la nécessité et l’urgence de donner, enfin –dans un contexte qui finira par l’imposer–, la clef de voûte qui fait toujours défaut à l’organisation internationale : une autorité publique de compétence universelle (1963) et même mieux, une « Autorité politique mondiale » (2009) destinée à faire face –suivant la méthode de subsidiarité– aux défis d’une Terre « mondialisée » et de contribuer à leur règlement.

 

                La 47ème journée mondiale de la Paix, le 1er janvier 2014, placée par le Pape François, sous le signe de la fraternité, pourrait être l’occasion de réaffirmer ces nécessités et cette urgence (v. les conclusions de mon blog n° 22 de novembre 2012).

 

Georges Ordonnaud – Blois – 6 août 2013[2]



[1] « …les joies….les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps…sont aussi celles des disciples du Christ ».

[2] La Fête de la Transfiguration, le 6 août, avait la faveur de P. Teilhard de Chardin.

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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 10:53

 

Blog n° 24 – Mai 2013 – Georges Ordonnaud

(Texte définitif en date du 9 juin 2013)

 

1923  - 2013

DE LA CHINE DU CHAOS A LA

CHINE DE LA RENNAISSANCE ET DE LA CONVERGENCE

 

 

COLLOQUE INTERNATIONAL DE LISBONNE (25-26 MAI 2013)

 A L’OCCASION DU 90ème ANNIVERSAIRE DE

L’ARRIVEE DE PIERRE TEILHARD DE CHARDIN

EN CHINE (TIAN JIN – 21.5.1923)

 

Le Père Teilhard de Chardin, arrivé en Chine il y a 90 ans, est revenu en France après la fin de la deuxième guerre mondiale. Il n’a donc connu que la Chine du chaos (guerre civile, occupation japonaise).

 

Pendant les vingt années au cours desquelles la Chine lui servit de port d’attache et de plate-forme scientifique (géologie, paléontologie, préhistoire), il s’est attaché à préciser ce que serait l’avenir de l’Humanité et à promouvoir une « Construction de la Terre » digne de l’homme que celui-ci allait avoir la coresponsabilité de réaliser et de faire converger en Oméga/Christ.

 

Pour ma part, j’ai effectué mon premier voyage en Chine il y a 53 ans en 1960, à une époque où le tourisme était peu développé. Mao Zedong qui avait fondé la République Populaire de Chine, onze ans auparavant en 1949, avait tenté d’accélérer le développement de la Chine par le « grand bond en avant. » Ce fut un cuisant échec qu’il aggrava à la fin des années 60 en lançant la criminelle « révolution culturelle » dont le premier ministre Zhou Enlai parvint à limiter les effets. Néanmoins, la Chine, certes se construisait, mais restait jusqu’à la fin des années 70, un pays largement sous développé et son avenir était incertain.


                J’ai effectué mon deuxième voyage en mai 1979 avec la 31ème session de l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale dont j’étais auditeur avant d’en devenir directeur adjoint entre 1979 et 1985. Ce voyage fut l’occasion d’assister aux débuts du mandat de Deng Xiaoping. Celui-ci réunit notre session pendant 90 minutes au Palais du Peuple sur la place Tian’anmen, précisant les différents aspects de sa politique de réforme et de modernisation en tous domaines et insistant sur sa volonté d’ouverture sur l’extérieur, politique qui devait inspirer tous les responsables qui devaient lui succéder. J’ai pu, pour ma part, constater l’effectivité de cette politique au cours des voyages effectués en 1982, 1985, 1988, 1993, dans la plupart des provinces jusqu’au Xin Jiang et au Yunnan, puis en 2003 et 2010.

                En 2003, en tant que Président de l’Association des amis du P. Teilhard de Chardin et dans le cadre du projet « Teilhard 2005 », j’ai été chargé d’organiser un colloque « Teilhard de Chardin » à Pékin, Tian Jin, Shanghai et dans les Ordos (Mongolie intérieure) où Teilhard devait trouver, en les datant, deux gisements d’outils paléolithiques qui attestaient une présence humaine confirmée en 1929 par la découverte du premier crâne du « Sinanthropus Pekinensis » (l’homme de Pékin). Dans les Ordos, c’est sur l’un de ces sites, à Shara Ousso Gol (Sulawusu) que Teilhard écrivit la « Messe sur le Monde ».

                Enfin, en 2010, j’ai participé au voyage organisé par l’institut Ricci pour célébrer le 400ème anniversaire de la mort de Matteo Ricci à Pékin, voyage au cours duquel le souvenir du Père Teilhard fut souvent évoqué et associé, analogiquement, à celui du Père Ricci.

LE PERE TEILHARD DE CHARDIN (dont le nom chinois signifie « vertu de l’Aube »), avait découvert la Chine en 1923 et devait y séjourner de 1926 à 1945, tout en parcourant le monde jusqu’en 1939. Il fut ensuite bloqué à Pékin occupée par les japonais de 1939 à 1946. Il reconnaissait lui-même que c’est grâce à ses travaux en Chine qu’il avait pu constituer sa « plate forme scientifique » internationalement reconnue et qu’il avait pu élaborer et préciser sa vision globale, universelle, bien au-delà des aspects scientifiques.

                Le grand dessein de Teilhard n’était donc pas, comme celui de Ricci, de convertir la Chine au Christianisme, mais de convaincre l’Humanité entière de la cohérence et de la fécondité de sa vision, chaque « unité humaine naturelle » comme disait Teilhard devait, vaille que vaille, converger en Oméga, sommet à la fois immanent et transcendant, personnel, le Christ/Oméga.

                A la différence de Ricci, Teilhard n’a pas connu une Chine fière de sa grandeur impériale, mais une république sombrant dans le chaos. Elle avait d’abord connu l’humiliation d’une semi-colonisation imposée, par le Traité de Nankin (29 août 1842), par les « quelques nations puissantes et impériales de l’époque qui s’isolent et se dressent logiquement amenées, par « universalisation » de leur nationalisme, à se poser en héritières exclusives des promesses de la vie ». (« L’heure de choisir, un sens possible à la guerre. », Pékin, Noël 1939. In tome VII, L’Activation de l’Energie, Le Seuil).

                Pour Teilhard de Chardin, c’est cette « ère des nations » (impériales) qui est terminée comme il l’écrivait dans « L’Esprit de la Terre » (9 mars 1931 – Tome VI – Le Seuil).

 

 

Ce fut ensuite l’occupation japonaise de Pékin et d’une partie du territoire chinois durant la 2ème guerre mondiale.

                S’il n’était pas sinologue, il connaissait, par contre, parfaitement l’état d’esprit de la jeune génération, notamment scientifique, avec laquelle il travaillait. Celle-ci, volontairement occidentalisée, rejetait totalement la civilisation et la philosophie chinoises traditionnelles, rendues responsables de la déchéance de la Chine. Cette génération devait se rallier, soit au Kuomintang de Tchang Kaï-chek, soit au parti communiste de Mao Zedong. Or, dès 1926, Teilhard avait prévu cette évolution à la différence des grands connaisseurs de la civilisation chinoise. De même, Teilhard était favorable à une « sinisation » du clergé chinois que souhaitait le Vatican, à la différence de la plupart des missionnaires. Ce fut un des rares points d’accord entre Teilhard et le Vatican à cette époque !

                Comme Ricci, il avait une formation théologique et scientifique (géologie – paléontologie animale et humaine) et, comme lui, il cultiva l’amitié avec ses collègues chinois qu’il contribua à former ou à perfectionner. De même, comme Ricci et ses successeurs, il était convaincu qu’il fallait pratiquer la coopération, comme nous disons maintenant, pour pouvoir travailler efficacement. Teilhard disait qu’ « il était passé aux chinois » quand il devint conseiller au service géologique de Chine, considérant que l’avenir n’était plus aux organismes étrangers « enkystés », notamment comme l’était l’établissement du Père Licent à Tian Jin qu’il devait quitter pour aller à Pékin.

                Enfin, Teilhard était certain que chaque nation devait participer à ce grand mouvement de convergence à condition de faire prospérer un « Esprit de la Terre ».

                Dans un essai de grande importance, écrit le 5 juillet 1939, publié dans « Etudes » et intitulé « Les Unités Humaines Naturelles – essai d’une biologie et d’une morale des races » (in tome IV, La Vision du Passé, Le Seuil), Teilhard de Chardin n’hésite pas à affirmer « …pour se rejoindre et s’inter féconder, il faut des nations pleinement conscientes pour une Terre totale… ». Il précise, le 20 mai 1942, dans « Universalisation et Union » (Pékin. In tome VII, L’Activation de l’Energie, Le Seuil) : « …Soyez de votre race et de votre nation, bien sûr. Une bonne synthèse n’exige-t-elle pas des éléments nets et forts ? ».

                En 1949, en réponse à une enquête destinée à l’UNESCO, Teilhard écrivait un texte sur :

                « L’ESSENCE DE L’IDEE DE DEMOCRATIE. Approche biologique du problème » (Paris, 2 février 1949. In tome V, L’Avenir de l’Homme, p. 309 à 315, Le Seuil).

                On y notera, une fois de plus, l’actualité des intuitions planétaires de Teilhard, notamment en ce qui concerne sa nouvelle définition de la devise « Liberté – Egalité – Fraternité », l’accent mis sur « l’exigence légitime de participation à l’affaire humaine…de certaines classes et certaines races laissées jusqu’ici en dehors du jeu ».

                La Chine qu’a connu Teilhard était « en dehors du jeu »…jusqu’en 1949. Depuis cette date et surtout depuis 1978 avec l’arrivée au pouvoir de Deng Xiao-Ping, cela allait changer.

 

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LA CHINE DE LA CONVERGENCE

                En 1983, dans un livre collectif publié par Berger-Levrault (réédition en 1986) intitulé « Le Pacifique, Nouveau Centre du Monde », je rédigeais le texte suivant sur la Chine dont je reproduits des extraits (pages 247. 248).

                « La Chine a longtemps eu l’orgueilleuse et ancestrale certitude d’être le centre du monde, l’« Empire du Milieu » (les deux idéogrammes Chung et Guo signifient « Empire du Milieu ») autour duquel tout s’ordonnerait…

                Il était temps que la Chine prenne conscience des réalités nouvelles, car, membre du Conseil de sécurité de l’ONU à côté des Etats-Unis, de l’Union soviétique, de la France et de la Grande-Bretagne, la Chine, grande puissance au patrimoine particulièrement riche, a, de toutes façons, des responsabilités régionales et mondiales évidentes à exercer tant sur le plan politique, militaire et économique que sur le plan artistique, intellectuel et spirituel.

                Si la Chine souhaite jouer un rôle bénéfique dans l’histoire future de l’Humanité, sa politique extérieure est alors toute tracée : elle doit continuer à renoncer à tout esprit hégémonique, qu’elle n’aurait pas les moyens de matérialiser avant longtemps, et accepter de vivre au XXè et bientôt au XXIè siècle, c'est-à-dire accepter les autres sans les mépriser, ni chercher à leur imposer son modèle par la force. Elle pourra ainsi jouer un rôle déterminant qui ne sera pas toutefois exclusif de celui que doivent jouer les autres peuples…

                La Chine est donc vraiment à la croisée des chemins, mais la poursuite de la politique réaliste qu’elle mène actuellement, confirmée à l’occasion du XIIè congrès du Parti Communiste chinois, la conduit dans la bonne direction. Le secrétaire général du Parti, Hu Yaobang, estime être sûr à 90% que la Chine restera stable d’ici à l’an 2000, qu’elle est un pays sous développé qui doit viser l’objectif, à la fois prodigieux et modeste, de mille dollars de revenu annuel par habitant en l’an 2000, et qui pense que ce ne serait pas si mal si, en 2042, deux cents ans après la guerre de l’opium, elle pouvait rattraper les puissances industrielles. Mais alors, comment vivra-t-elle son communisme ?

                Les dirigeants chinois affirment également que la Chine ne veut jouer ni la carte américaine contre l’Union soviétique, ni la carte soviétique contre les Etats-Unis et que personne ne doit chercher à jouer la carte chinoise : c’est tout simplement faire jouer à la Chine le jeu d’une puissance responsable qui ne veut être inféodée à aucune des superpuissances hégémoniques.

                Cette bonne direction que Deng Xiaoping et ses dauphins veulent faire prendre à la Chine, et que, ne l’oublions pas, le comportement des autres pays devrait contribuer à conforter, est celle qui est retenue dans le présent scénario.

                En un mot, la Chine que nous prenons en compte, ce n’est ni la Chine envahie et humiliée du siècle dernier, ni la Chine fermée sur elle-même et sur son orgueilleuse certitude des dernières dynasties Ming et Tsin ou de Mao Zedong, c’est la Chine du début du XXIè siècle, totalitaire encore  –même de façon atténuée–, mais non hégémonique et coresponsable comme les autres nations, bref la Chine de la convergence. »

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Qu’il s’agisse de l’analyse et du pronostic, j’ai peu de choses à changer à ce texte de 1983.

 

                La Chine a poursuivi depuis 30 ans sa politique de réforme économique malgré les évènements de Tian’anmen et est devenue le 1er pays exportateur et la 2ème puissance économique mondiale à la place du Japon. Si elle est fière de ces résultats, symbolisés par la tenue en 2008 des Jeux Olympiques à Pékin, et en 2010 par l’impressionnante exposition internationale de Shanghai, elle reconnait elle-même que le niveau de vie moyen des chinois est 10 fois inférieur à celui des japonais.

                Ce résultat a été obtenu néanmoins grâce au passage à une économie socialiste de marché qui laisse un rôle toujours important à l’Etat, tout en libérant les initiatives des provinces et des entreprises publiques et privées. Mais il reste à la Chine un long chemin à parcourir pour atteindre l’objectif qu’elle s’est fixée en 2042. Elle n’y arrivera qu’à la condition de surmonter des obstacles de toutes sortes              

 

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LE REVE DE XI JINPING : « LA RENAISSANCE CHINOISE »

 

Tous les commentateurs sont unanimes, depuis novembre 2012, pour affirmer qu’une nouvelle ère a commencée depuis la désignation de Xi Jinping, nouveau Secrétaire Général du Parti Communiste Chinois (P.C.C.) et Président de la République populaire de Chine et de Li Keqiang, n°2 du P.C.C et premier ministre.

 

Le Président Xi a, immédiatement, consolidé son pouvoir en étant nommé d’emblée à la tête de la puissante Commission Militaire Centrale, ce qui est nouveau –ses prédécesseurs ayant dû attendre jusqu’à deux ans avant d’y accéder– et en obtenant la désignation comme Vice Président, du réformiste Li Yuan Chao, son poulain à la place du candidat souhaité par l’ancien président Jiang Zemin.

 

La « société harmonieuse » dont rêvait l’équipe précédente en s’appuyant sur une phénoménale croissance économique faisant de la Chine « l’atelier du Monde », n’a pas abouti en raison de la croissance des inégalités sociales et entre provinces, d’une corruption endémique, d’une pollution dangereuse, d’un insuffisant respect des droits de l’homme et d’une opacité politique, dénoncés par une opinion publique de plus en plus informée grâce au développement des nouveaux moyens de communication (internet, blogs, réseaux sociaux).

 

Pour la nouvelle équipe, dans un style d’une plus grande simplicité et d’une plus grande proximité, qu’affectent maintenant tous les grands de ce monde, y compris au Vatican, le nouveau Pape François, il s’agit d’accentuer une évolution déjà amorcée, certes trop timidement, par l’équipe précédente, sur le plan culturel, spirituel, social, économique, administratif et même politique, et de corriger impérativement les dérives dangereuses des années précédentes, de manière à donner à tous les chinois, pour les dix prochaines années, des raisons d’espérer, notamment en mettant en œuvre un nouveau modèle de croissance tourné vers la consommation intérieure plus que vers les exportations, avec pour objectif de doubler le P.I.B. et le revenu par habitant, et de tendre vers une développement durable. « Nous allons faire des aspirations du peuple chinois à une vie meilleure, notre mission sacrée » a affirmé le nouveau premier ministre Li Kegiang lors du discours de clôture de la session parlementaire (mars 2013).

 

Ainsi le rêve d’une « grande renaissance de la nation chinoise » pourrait être atteint en soutenant, en tous domaines, « la cause du socialisme aux caractéristiques chinoises », c'est-à-dire tout ce qui peut faire croitre la Chine du moment que cela ne remet pas en cause le maintien au pouvoir du Parti Communiste !

 

La dernière étude de l’O.C.D.E., présentée à Pékin le 22 mars 2013, s’est dite « encouragée par la vision politique de la nouvelle équipe dirigeante et l’appelle, en même temps, à renouer avec les réformes.

 

Quels sont donc les signes concrets et les inflexions qui paraissent probables pour atteindre ce but…et conserver le « Mandat du Ciel » ?

 

SUR LE PLAN CULTUREL, SPIRITUEL ET RELIGIEUX

 

        La réhabilitation des valeurs traditionnelles des penseurs classiques, notamment de Confucius, rapproche les chinois, à la fois le leurs croyances ancestrales et surtout d’une indispensable morale sociale, ainsi que du mouvement général « de l’Humanité actuelle, du fait de la mondialisation, en faveur d’un plus grand respect des droits de l’homme ».

 

        Sur le plan religieux, les autorités actuelles, tout en voulant promouvoir « une civilisation spirituelle », maintiennent un contrôle sur les religions, qu’il s’agisse du Christianisme (catholiques et protestants), de l’Islam, mais aussi du Bouddhisme et du Taoïsme dont les temples sont bondés dans les grandes villes, ainsi que sur les sectes (dont certaines, comme Falun Gong sont interdites), contrôle que les nouveaux moyens de communication qui ont pris en Chine une grande ampleur et une grande vigueur, rendent plus difficile. C’est donc une évolution à suivre, et, tout spécialement celle des relations avec le Vatican, celles-ci, après une période d’espoir au début de ce siècle, notamment après le voyage du Cardinal Etchegaray, semblent stagner. Sans doute faudra-t-il attendre le deuxième mandat de la nouvelle équipe –après 2017/2018– pour assister à des progrès sensibles ? Il vaut mieux être réaliste et patient en ce domaine. Les obsèques de Monseigneur Jin Luxian, le 29 avril 2013, à Shanghai, semblent confirmer cette hypothèse.

 

 

Teilhard a été honoré par la présence des représentants chinois lors du grand colloque de l’U.N.E.S.C.O. en 1981 (pour le centenaire de la naissance de Teilhard). Ceux-ci ont reconnu la valeur du travail scientifique en géologie, en préhistoire et en paléontologie humaine (les Ordos, l’homme de Pékin, entre autres) et chaudement remercié Teilhard pour la formation de spécialistes chinois en ces domaines et pour avoir réalisé la première carte géologique de l’ensemble de la Chine.

 

Espérons que l’Eglise saura, cette fois, utiliser cette aura pour se faire mieux accepter en Chine. Le projet de traduction en chinois de son œuvre, comme nous en avions convenu avec Madame Wang Haiyan à Pékin lors du colloque de 2003, qui avait été, pour moi, une source de joie profonde au moment où je prenais la présidence de l’Association des Amis de P. Teilhard de Chardin, pourrait contribuer fortement à la diffusion de sa vision (Weltanschauung).

 

Je voudrais, à cette occasion, rendre hommage à Sœur Marie Ina Bergeron, franciscaine missionnaire de Marie, sinologue et teilhardienne, connue grâce à mes amis Ernst. Missionnaire en Chine où elle fut maintenue captive pendant 28 mois lors de la prise de pouvoir par les communistes, elle sut, parmi les tous premiers, montrer la convergence entre la pensée de Teilhard et celles de penseurs classiques chinois, de même que, de nos jours, des jésuites comme le Père Meynard et le Père Vermander notamment.

 

Teilhard, par sa « note pour servir à l’évangélisation des temps nouveaux » (1919 – Ecrits du temps de la guerre – Tome XIII, le Seuil) qui fut suivie de nombreux autres textes sur ce thème, devait inspirer le concile Vatican II dans sa partie consacrée à l’ouverture au monde (« Gaudium et spes » notamment). Il ne parlait pas de « nouvelle évangélisation » par tact, par respect pour les personnes non chrétiennes, de toutes races, de toutes cultures, philosophies et spiritualité, mais voulait montrer que la « Communion avec la Terre », si appréciée en Asie, ne s’opposait pas à la « Communion avec Dieu », puisqu’il était convaincu que la « Communion avec Dieu par la Terre » était la voie qu’il appartenait à tout homme de choisir en toute liberté, en Chine comme ailleurs sur toute la planète.

 

Le Père Michel Masson s.j. (Institut Ricci – France), citant l’historien Vincent Goossaert, ne dit-il pas que la religion chinoise a fait preuve, depuis le début du XXème siècle, d’une « créativité et d’une inventivité formidable ». Il serait du plus grand intérêt de savoir si l’ouverture au Transcendant par le Taoïsme, pourra être une opportunité, tout comme le bouddhisme et le confucianisme, pour un rapprochement avec le christianisme.

 

D’ailleurs, la « Renaissance de la Chine » ne nécessite-t-elle pas d’associer au courant socialiste qui inspire la République populaire, les représentants de tous les courants culturels, spirituels mais aussi religieux … à l’image de l’Edit de Milan de l’Empereur Constantin en 313 ?

 

 

SUR LE PLAN POLITIQUE

 

D’entrée de jeu, Xi Jinping a fait, dès son premier voyage dans le sud, un discours remarqué sur la nécessité de renforcer l’état de droit.

 

        Il a donné l’exemple d’une frugalité qu’il souhaite voir se généraliser à l’ensemble de la classe politique, gouvernementale et administrative, source d’économie qui ne peut que rencontrer l’approbation des chinois, surtout des plus défavorisés d’entre eux.

 

        De même, la réorganisation administrative la plus ambitieuse depuis 2008 et l’allègement ministériel vont dans le même sens et veulent mettre fin à la constitution de « bastions » administratifs coûteux (les chemins de fer notamment), et à démanteler des « baronnies » minées par la corruption et hostiles aux réformes.

 

        La lutte contre la corruption à tous les échelons administratifs, contre la pollution et pour la sécurité alimentaire, va s’amplifier et les autorités gouvernementales comptent s’appuyer sur la blogosphère dans ce but. Ce serait un moyen d’amener la société civile à développer des courants d’opinion destinés à favoriser l’application des réformes voulues par les autorités…et les chinois.

 

        Ce faisant, la blogosphère pourrait contribuer à aller au-delà et à favoriser une réforme politique, notamment dans les élections locales, en étendant progressivement, avec prudence, les expériences menées dans les communes (dans le Sud) où la multiplication des candidatures a permis la victoire de personnalités qui n’étaient pas nécessairement les responsables locaux du P.C.C. D’ailleurs, il n’est pas inutile de rappeler que la Constitution de la République populaire de Chine permet la création de partis politiques qui n’ont, certes, qu’une existence théorique à côté du P.C.C.

 

        L’exemple que donne l’évolution suivie par Hong Kong montre qu’il ne sera pas aisé pour les autorités de dépasser le cadre des communes rurales. Dans ce domaine le nouveau premier ministre, notent les observateurs, n’a d’ailleurs pas repris les signes d’ouverture évoqués par son prédécesseur, Wen Jiabao, qui en appelait, à demi-mot, à des réformes politiques structurelles.

 

La réforme envisagée des camps de travail forcé (Laogai) sera également à suivre de près.

 

        Enfin, avec la réformes du système des Hu Kou, si elle permettait aux travailleurs migrants de bénéficier des mêmes protections sociales que les résidents, on aborderait une réforme à la fois politique, mais aussi sociale et économique qui mettrait fin à une des principales sources d’inégalité entre chinois.

 

 

SUR LE PLAN ECONOMIQUE ET SOCIAL

 

Si les autorités veulent mettre fin aux inégalités entre chinois, assurer un développement durable plus respectueux de l’environnement, favoriser un basculement économique en faveur de la consommation intérieure, c’est un « bousculement des groupes d’intérêt », notamment celui des entreprises d’état, qu’amorcera le nouveau premier Ministre, Li Keqiang, même si cela ne se fera pas sans résistance (voir par exemple l’article récent du « Quotidien du peuple »).

 

        Ce nouveau modèle de croissance impliquant une plus grande propension à consommer et à moins épargner par précaution, suppose l’application des mesures suivantes :

 

Une amélioration du système de sécurité sociale (santé), des retraites et du système éducatif à tous les niveaux (provinces, communes, entreprises,…), y compris la réforme du système des Hu Kou (voir ci-dessus).

 

Une réforme fiscale plus favorable aux contribuables individuels et aux PME.

 

Une indemnisation juste des ventes et saisies de terrains des ruraux aux villes, ventes destinées à aider à l’industrialisation et à l’urbanisation, ce qui est loin d’être le cas actuellement. C’est un des points importants concernant la redistribution des revenus, la création d’un marché plus large pour les industries de consommation et une urbanisation croissante voulue par l’état, notamment pour faire quitter les bidonvilles à 10 millions de foyers de migrants, comme s’y engage le nouveau premier Ministre pendant la durée de son mandat.

 

Un accès plus large et plus facile aux crédits bancaires par les entreprises privées, notamment les P.M.E, tout en continuant à accorder aux entreprises d’état les moyens de conserver leur place aux premiers rangs sur le plan national et de plus en plus sur le plan international. Les entreprises d’état continueront, évidemment, pendant encore longtemps, à accorder une certaine priorité à réaliser des investissements plutôt qu’à développer le secteur des entreprises de consommation.

 

Une priorité à accorder à l’innovation et à la productivité des entreprises, ainsi qu’à la lutte contre la pollution qui a détrôné les saisies de terrains comme première source de mécontentement social.

 

                Ajoutons, enfin, un problème que les nouvelles autorités auront à prendre en compte             : le coût du vieillissement prévisible de la population chinoise qui conduit à s’interroger sur les dangers du maintien de la politique de l’enfant unique.

 

 

 

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                Vaste programme donc, qui attend les autorités chinoises d’ici 2042. Les difficultés sont énormes, avons-nous vu, mais si les successeurs, du Président Hu Jintao et du Premier Ministre Wen Jiabao, qui sont Xi Jinping et Li Keqiang, savent prendre au bon moment les mesures indispensables comme l’ont fait leurs prédécesseurs, la Chine pourra accéder progressivement aux premiers rangs. Quel chemin aura été parcouru en moins d’un siècle !

                Il restera néanmoins, dès maintenant, à la Chine –une fois qu’elle aura la certitude de réaliser son « rêve de renaissance »–, de participer, sans tarder, comme grand pays coresponsable, à l’organisation unitaire de la planète et, par conséquent, a être pénétrée elle aussi d’un « esprit de la Terre » et du « sens de l’espèce » qui lui permettront d’atteindre la « température psychique » –en référence aux termes de Teilhard– qui lui permettra de jouer pleinement ce rôle.

                Sinon, grisée par ses succès, sa puissance économique, financière, technologique et culturelle, la Chine pourrait se laisser aller à la démesure –à l’ubris– qu’on a pu reprocher aux USA au temps de leur « hyper puissance », et caresser à nouveau la chimère actualisée de l’ « Empire du Milieu ».

                Ce n’est cependant pas l’évolution la plus probable.

 

Si la Chine est devenue une grande puissance, on comprend qu’elle souhaite actuellement se doter des moyens de se faire respecter.

 

                L’équipe actuelle et surtout les équipes suivantes –dans les années 2030/2040–, la « renaissance » étant effective en Chine, pourront confirmer leur engagement dans une politique de convergence, de coresponsabilité internationale, qui s’inscrit dans le multilatéralisme du XXIème siècle, à condition que ce multilatéralisme soit effectif et que les autres pays émergents, –Inde, Brésil, Russie, etc.–  suivent le même chemin que la Chine, que les Etats Unis conservent une puissance importante et que l’Europe se décide enfin à réaliser son unité et soit convaincue qu’elle doit continuer à jouer un rôle déterminant dans l’organisation de la planète en ce XXIème siècle, grâce à l’apparition, dans un futur proche, espérons le, de nouveaux leaders politiques ayant la stature qui convient.

 

                Teilhard affirmait qu’il fallait des « nations pleinement conscientes pour une Terre totale », certes, des nations qui n’auraient plus d’ambitions impériales dont « l’ère était terminée ».

                Mais une mondialisation sauvage risque de faire renaître le danger du nationalisme, et chez les nations les plus fortes, celui de l’impérialisme.

 

                Or, la mondialisation, qui a des conséquences économiques, financières, politiques mais aussi culturelles, spirituelles et religieuses, devrait nous rapprocher et nous unir de plus en plus, à condition d’être bien conduite, humanisée, maîtrisée, régulée, bref organisée.

 

                Comment vouloir et pouvoir s’unir grâce à la mondialisation sans développer un « esprit de la Terre » qui ferait « monter la température psychique » indispensable, rappelons le, pour l’organiser au mieux. Les Encycliques « Pacem in Terris » de Jean XXIII (1963) et « Caritas in Veritate » de Benoit XVI (2009) ont été très explicites sur ce sujet, considérant comme indispensable la création d’une clé de voute, qui manque toujours d’ailleurs, à l’organisation internationale, une « Autorité Politique Mondiale », ce qui va plus loin qu’une « Autorité publique de compétence universelle » de Jean XXIII.

 

                La Chine renaissante pourrait s’acheminer légitimement vers une célébration impressionnante et historique du 200ème anniversaire du Traité de Nankin –le 29 août 2042– traité qui officialisait l’humiliation de la Chine, tout en affirmant, sans tarder, son désir d’accéder au Statut international qui doit être le sien dans les premiers rangs et d’exercer des responsabilités de grande importance dans le cadre d’une mondialisation bien conduite, et en assurant la promotion avec d’autres, de cette « Autorité Politique Mondiale » et, à court terme, en prenant la Présidence annuelle d’un G.20.

Ce serait là, symboliquement mais réellement, la confirmation d’une prévision faite en 1983, affirmant qu’elle deviendrait « la Chine de la convergence ».

 

 

 

*******

 

                En conclusion, je ne peux m’empêcher, à nouveau, de citer ce texte prémonitoire de Teilhard, écrit en 1954, un an avant sa mort, qui révèle son réalisme quand il aborde le thème « politique » –au sens noble du terme– de la « construction » de la Terre ».

                Dans « LES SINGULARITES DE L’ESPECE HUMAINE » (1954 – in tome II – Le Seuil). Teilhard écrit :

« …Si, en ce moment, parler d’organisation humaine universelle semble être (et est probablement, en fait) une utopie, qui nous dit que l’opération ne se fera pas toute seule demain, quand l’Homme se trouvera porté, par évidence généralisée de convergence phylétique, à quelque forme insoupçonnée de « Sens de l’Espèce ».

                Et ici qu’on m’entende bien. Lorsque je parle de l’Humanité unanimisée, ce à quoi je pense n’a rien de commun avec une sorte d’euphorie confortable et vertueuse ; …une hominisation de convergence ne peut finir qu’en paroxysme. Même cohérée sur soi, par la conscience enfin actuée de sa destinée commune, l’humanité passera donc demain, soit dans son effort pour définir et formuler l’unité qui l’attend, soit dans le choix et l’application des moyens les plus appropriés pour y atteindre, par des conflits intérieurs plus violents encore que ceux que nous connaissons. Mais ces phénomènes de tension justement parce qu’ils se développeront en un milieu humain beaucoup plus polarisé vers l’avenir, que nous ne pouvons encore l’imaginer, ont grand-chance de perdre la stérile amertume particulière à nos luttes présentes. Sans compter qu’au sein d’une telle atmosphère de « conspiration » certaines opérations de caractère universel peuvent être envisagées comme réalisables dont il ne saurait être question dans l’état d’inagrégation psychique où nous végétons encore aujourd’hui. »

*******

                En ultime conclusion, je voudrais citer une phrase de Sœur Marie Ina Bergeron : « Plus je pénétrais Teilhard et plus je découvrais la Chine, plus je les voyais converger par-dessus le temps et l’espace » (« D’un bout du siècle à l’autre – 50 ans de vie missionnaire » Désclée de Brouwer – 1996 p. 159) Elle avait remarquablement développé cette conviction dans son livre « La Chine et Teilhard » (Editions Universitaires, J.P. Delarge).

 

 

Georges Ordonnaud – Mai 2013

 

 

 

 

 

Post scriptum :

Ce texte a permis de reprendre dans son intégralité le texte de mon étude « Ricci, Teilhard et la Chine de la convergence » (voir mon blog n° 13 – Octobre 2010), qui figurait dans une version totalement tronquée, dans le n° 39 de la revue « Teilhard aujourd’hui » de septembre 2011 et dans l’édition d’octobre 2011/mai 2012 de la revue du Centre Européen Teilhard de Chardin (C.E.T) y compris dans sa version portugaise.

En effet, ce texte publié comportait de nombreuses coupures et ajouts qui n’avaient évidemment pas obtenus mon accord, qui en altéraient le contenu, sans compter certains contre-sens que ces coupures entrainaient.

 

 

Le dernier ouvrage de Georges Ordonnaud s’intitule « L’Aube de l’âge Teilhardien » - L’Harmattan – 2006)

 

Teilhard réalisa la première étude géologique de l’ensemble de la Chine et fit la stratigraphie du site où Pei Wenzhong découvrit « l’homme de Pékin ».

 

Xi Jinping va même jusqu’à s’appuyer sur la popularité de sa femme, la chanteuse soprano Peng Liyuan, Général de l’Armée chinoise. Cette « pipolisation » est un autre effet de la mondialisation.

 

A la différence de son comportement à l’égard de la tentative de Ricci !

 

Voir le texte de 1916, le premier des « Ecrits du temps de la guerre » (T. XII – Le Seuil) intitulé « La vie cosmique » ! (dédicacé à la TERRA MATER et par elle surtout au Christ Jésus). Ce texte daté du 24 avril 1916, jeudi de Pâques, a été écrit près de Dunkerque et s’achevait par la phrase « Ceci est mon testament d’intellectuel », Teilhard de Chardin était caporal brancardier dans le 4ème régiment mixte de tirailleurs et de zouaves, souvent en première ligne. Cette conviction de Teilhard, présente dans toute son œuvre, culmine dans le « Cœur de la Matière ».

 

Dans l’Eglise, à Rome comme en France, cette partie des encycliques est curieusement passée sous silence, jusqu’à présent ! (voir mon blog n°22 de novembre 2012, intitulé « A la lecture de la note du Père Teilhard de Chardin : « pour servir à l’évangélisation des temps nouveaux » (1919) », formulation qui semble plus adéquate et plus conforme à l’esprit de Vatican II que celle de « nouvelles évangélisations ». (voir le n°45 – Avril 2013 – de la Revue « Teilhard aujourd’hui » - pages 28 à 30)

 

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 19:55

L'EUROPE CONFIRME SA VOLONTÉ DE SURVIVRE :

IL ÉTAIT TEMPS !

 

 

A partir de 2013, la Terre qui se construit aura besoin de l'Europe,
Prix Nobel de la Paix 2012 – Noblesse oblige !

 

 

Il était temps, en effet !

 

Le deuxième mandat que vient d'obtenir Obama lui donne une grande légitimité pour conforter un leadership des Etats-Unis, indéniable mais à adapter aux réalités du 21ème siècle.

 

Aumêmemoment,laChine,premierdespaysémergents,arenouvelésonéquipedirigeantesouslahoulettedeXiJinpingquiauralarudetâchederéaliservraimentle« rêvechinois »de« sociétéharmonieuse »surleplanéconomiquecommesurleplanpolitique(1).CelapermettraitàlaChined'accéderaupremierrangdel'économiemondialeetdecontribueràassurerlaconvergenced'unmondemanifestementmultipolaire.

Dans un tel contexte, l'Europe, Prix Nobel de la Paix 2012, a vocation à servir d'exemple pour que cette multipolarité encore insuffisamment organisée malgré les G.20, surmonte les dangers que présente la situation actuelle. Mais cet exemple, pour être suivi, non seulement par des pays développés ou émergents d'Asie, d'Amérique latine, d'Afrique et du Moyen Orient, dont certains sont membres du G.20, mais aussi par la ChineAmérique, ce G.2 de fait, exige que l'Europe ne soit plus « l'homme malade » qu'elle a été récemment au point même d'avoir été menacée d'éclatement qu'il s'agisse de l'Europe des 27 et de la zone Euro.

 

Le sursaut constaté lors du Conseil Européen des 28 et 29 juin 2012 a été confirmé, le 26 juillet, par la décision de la B.C.E présidée par Mario Draghi, d'intervenir de façon illimitée en appui des mécanismes de sauvegarde que l'Europe a décidé de créer pour venir en aide aux pays menacés. Dès lors, les marchés font confiance aux pays européens et accordent un répit aux plus vulnérables (Espagne, Italie). La France, elle-même, emprunte à court terme à des taux négatifs...comme l'Allemagne !

 

En décembre, après avoir confirmé enfin le sauvetage de la Grèce, le Conseil Européen des 13 et 14 décembre a pris la décision de créer une Union bancaire donnant à la B.C.E le contrôle progressif de toutes les banques de l'Europe des 27.

 

Cette première étape indispensable sur le chemin d'une plus forte intégration européenne constitue un progrès réel indéniable qui aurait mérité un plus grand intérêt de la part des médias !

 

LeConseilEuropéenaestiméqu'iln'étaitnipossibleniurgentd'aborderleproblèmeplusardudelaréformedesinstitutions,considéréed'ailleurscommeunemanœuvredel'Allemagnepourjustifierlerenvoiàplustard,notammentdelacréationd'unbudgetdelazoneEurooud'unemutualisation,mêmepartielle,desdettessouveraines.

 

Plus tard, c'est à dire après les élections législatives de septembre 2013 en Allemagne, qui, même si elles permettent à Angela Merkel de rester chancelière, ce pourrait être dans le cadre d'une coalition avec le S.P.D...situation qu'elle a déjà connu au début de son premier mandat et qui s'est révélée positive !

 

Plus tard, ce sera aussi après les élection au Parlement européen en 2014 et le changement des responsables de la Commission et du Conseil Européen, qui permettra de faire apparaître de nouvelles personnalités -notamment comme le français Michel Barnier- dont l'Europe aura grand besoin pour franchir une étape décisive. Assurer la paix dans un espace continental qui a connu des siècles de guerre, c'est un prodigieux succès qui, s'il appartient déjà au passé, peut servir encore d'exemple, de nos jours, en dehors de l'Europe. Mais retrouver sur le plan économique, technologique, commercial, financier et monétaire sa place parmi les premiers, cela redonnerait du poids à sa culture et à sa diplomatie. L'Europe retrouverait ainsi son attrait dans le monde, sans aucun esprit de domination comme ce fut le cas dans le passé. C'est là un atout qui confirmerait l'Europe dans sa vocation.

 

Mais cela suppose un saut qualitatif et inventif dans la réforme institutionnelle qui exigera des hommes de la trempe des de Gaulle, Adenauer, Monnet et des créateurs de la C.E.C.A et de l'Europe des 6.

 

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2013-2014etlesannéessuivantesvontêtredesannéesdécisivespourla« ConstructiondelaTerre »quiexigeralaparticipationeffectivedetoutes« lesUnitésHumainesNaturelles »commedisaitTeilharddeChardin.Quelappointincomparableapporteraitl'EglisesielleconfirmaitsolenellementlespropositionsduPapeJeanXXIIIdansl'Encylique« PaceminTerris »(1963)etcelles,plusrécentes,duPapeBenoîtXVIdansl'Encyclique« CaritasinVeritate »(2009)quiaffirmelanécessitédedoterprogressivementlesystèmeinternationaldesaclédevoûte,c'estàdire« uneAutoritéPolitiqueMondiale »adaptéeàunmondemultipolairequidoits'organiseretconvergerpourpréserverlapaixetassurerledéveloppementdurabledetous.

 

Comme disait Teilhard de Chardin en 1954, un an avant son décès, dans les « Singularités de l'espèce humaine » (Le seuil – Tome II) : « ...si, en ce moment, parler d'organisation humaine universelle semble être (et est probablement en fait) une utopie, qui nous dit que l'opération ne se fera pas toute seule demain quand l'Homme se trouvera porter, par évidence généralisée de convergence phylétique, à quelque forme insoupçonnée de « sens de l'espèce ». »

 

Cetindispensable« sensdel'espèce »-Teilhardparleraégalementd'un« EspritdelaTerre »permettantd'atteindreunesuffisante« températurepsychique »-doitêtrediffuséettoucherTOUSleshommes-commelepermettentdésormaislesmoyensmodernesdecommunication-,ettoutspécialementleursresponsablespolitiques.Pourl'Eglise,neserait-cepasundesleviersmajeurspour« serviràl'Evangélisationdestempsnouveaux »(2).

 

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Revenons à l'Europe, prix Nobel de la Paix 2012. Noblesse oblige, disions nous. En effet ne lui appartient-il pas, en raison de son expérience et de ses atouts de contribuer, plus que d'autres, à développer ce « sens de l'espèce », cet « esprit de la terre » pour construire une terre digne de l'Homme ?

 

Bonne année 2013, donc !

 

 

Blois – Décembre 2012 Georges Ordonnaud

(1) Lire à ce sujet le remarquable ouvrage de Michel Aglietta et Guo Bai « La voix chinoise », 
Odile
 Jacob 2012

(2)VoirletextedeTeilharddeChardinécritenjanvier1919(in« Lesécritsdutempsdelaguerre »,LeSeuilTomeXII),reprisàplusieursreprisesjusqu'àsondécès.

 

14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 07:23

LA LECTURE DE LA NOTE DE P.TEILHARD DE CHARDIN

« POUR SERVIR L'ÉVANGÉLISATION

DES TEMPS NOUVEAUX »(1919)


 

Refléxions surle colloque des 9et 10 novembre 2012,

à l'UniversitéPontificale Grégorienne : 50ans après le concileVantican II (1962-1965)

 

 

 

La note écrite par P. Teilhard de Chardin en janvier 1919 à Strasbourg (in « Ecrits du temps de la Guerre » - Tome XII, le Seuil – pages 395 à 414) constitue une étude très complète, d'une grande profondeur et d'une grande acuité sur ce thème. Reprise maintes fois dans ses œuvres elle devrait inévitablement, me semble-t-il, servir de base à toute proposition concernant « l'évangélisation des temps nouveaux ». Ne dit-on pas que la vision teilhardienne a inspiré la Constitution pastorale « Gaudium et Spes » ?

 

Le colloque qui s'est tenu récemment -les 9 et 10 novembre 2012- à l'Université Pontificale Grégorienne, à l'initiative des Associations Teilhard de Chardin d'Italie et de France sur le thème d'une « évangélisation renouvellée à 50 ans du Concile Vatican II », a provoqué une reflexion de ma part sur un point précis qui me paraît déterminant à l'heure actuelle.

 

A côté de la plupart des textes de Vatican II qui concernent l'aggiornamento de la vie ecclésiale sous ses différents aspects, présentée avant tout comme une rencontre avec le Christ (« Lumen gentium ») et destinée à conforter la foi des croyants et à éviter « l'apostasie silencieuse » naissante, le texte « Gaudium et Spes », Constitution pastorale sur l'Eglise dans le monde de ce temps, la dernière à être promulguée, dans l'enthousiasme après un long travail, à la veille de la clôture du Concile (7/11/1965), a été utilisée comme boussole d'une réforme longtemps attendue et eut une résonnance proche de celle qui avait accueilli les encycliques de Jean XXIII, notamment « Pacem in Terris ». Elle manifestait en effet une ouverture au monde et aux préoccupations DE TOUS LES HOMMES auxquels elle s'adressait, pour la première fois dans la tradition conciliaire. Ses premiers mots étaient directement inspirés du texte de Teilhard précité, affirmant la solidarité de l'Eglise avec « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps...[qui] sont aussi [celles]desdisciplesduChrist ».

 

J'ai donc été surpris, qu'au cours de ce colloque, l'encyclique « Pacem in Terris » de Jean XXIII, écrite en 1963 au début du Concile Vatican II, n'ait jamais été citée, encyclique généralement associée à la Constitution « Gaudium et Spes ».Or, l'ouverture auxpréoccupationsdetousleshommes,noncroyants,indifférentsoucroyantsdetoutesreligions,susceptibled'attirerleurattentionetdeprésenterpoureuxleplusgrandintérêt,c'estpourunelargepartetdefaçonprioritaire,aborderleproblème de la paixdanslemondemaisplusencore,àl'heureactuelle,leproblèmedelaglobalisationoudelaMONDIALISATIONquis'imposeànousinévitablementdepuislesiècledernier.Celle-citouche,eneffet,àtouslesaspectsdelaviecourantedetousleshommesdetouslespaysde la planète, detoutescivilisations-sansdistinction-surleplan personnel, familial, professionnel,social, culturel, économique, environnemental, politique, spirituel et religieux.

 

C'est la raison pour laquelle cette mondialisation qui, pour Teilhard de Chardin, était une étape menant à la convergence en Oméga de tous les êtres humains et à la naissance d'un « Esprit de la Terre », peut être désastreuse dans un monde qui serait livré au chaos en l'absence de maîtrise et de règles, mais aussi riche de promesses à condition d'être impérativement organisée et humanisée. Cela implique donc l'établissement, par étapes, d'une organisation internationale progressivement adaptée à cette tâche, et seule en mesure de conduire à une paix durable qui fut l'obsession de Jean XXIII et de Paul VI.

 

Pourle « bon Pape Jean XXIII », dans « Pacem in Terris » (1963), cela passait par l'établissement d'une « Autorité Publique de Compétence Universelle », la clé de voûte qui manquait à l'organisation internationale … et qui manque toujours. Ecrire cela en plein guerre froide supposait de sa part une incroyable assurance et une conviction profonde dont certains pensaient qu'elle frisait l'inconscience ou la naïveté, alors qu'il avait le pressentiment et l'espérance que la guerre froide ne manquerait pas d'être surmontée, dépassée un jour ou l'autre.

 

LePape Benoît XVI dans son encyclique « Caritas in Veritate » (2009) devait même aller plus loin en parlant d'une « Autorité Politique Mondiale », en précisant les conditions de son fonctionnement, au service de la paix et pour régler les problèmes posés par la mondialisation.

 

C'est le moment de rappeler les termes utilisés par Teilhard de Chardin dans « les singularités de l'espèce humaine » (1954 – in tome II, le Seuil) « ...si, en ce moment, parler d'organisation humaine universelle semble être (et est probablement en fait) une utopie, qui nous dit que l'opération ne se fera pas toute seule demain, quand l'Homme se trouvera porté, par évidence généralisée de convergence phylétique, à quelque forme insoupçonnée de « Sens de l'Espèce ».

Et ici, qu'on m'entende bien . Lorsque je parle de l'humanité unanimisée, ce à quoi je pense n'a rien de commun avec une sorte d'euphorie confortable et vertueuse...Une hominisation de convergence ne peut finir qu'en paroxysme. Même cohérée sur soi, par la conscience enfin actuée de sa destinée commune, l'humanité passera donc demain, soit dans son effort pour définir et formuler l'unité qui l'attend, soit dans le choix et l'application des moyens les plus appropriés pour y atteindre, par des conflits intérieurs plus violents encore que ceux que nous connaissons. »

 

Si l'Eglise catholique, s'appuyant sur ces encycliques, sur la vision réaliste et prophétique de Teilhard de Chardin et sur l'affirmation du Cardinal Angelo Scola, fin 2005, alors Patriarche de Venise, et actuel Archevêque de Milan, qu'il appartenait à l'Eglise de contribuer à construire « un nouvel ordre mondial », si l'Eglise, donc, était à l'avant-garde pour engager, avec foi, force et conviction, tous les hommes sur cette voie, et, pour atteindre ce but, évidemment par étapes, je le répète, quelle aura ne manquerait-elle pas de manifester !

 

Voilà, me semble-t-il, ce qui pourrait constituer un irrésistible attrait auprès des croyants et plus encore auprès des non-croyants, des indifférents, des tièdes, jeunes et vieux, et qui serait un bon moyen, parmi d'autres bien-sûr, de les amener sur le chemin d'une évangélisation adaptée aux temps nouveaux.

 

 

 

 


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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 19:28


 

 

L'EUROPE EST REPARTIE :

LE SURSAUT EUROPÉEN ATTENDU PAR LE MONDE ENTIER

 

 

 

Si aucun accord n'avait été obtenu au Conseil Européen de Bruxelles, les 28 et 29 juin 2012, c'était la fin de l'Euro, de l'Europe et de son rôle dans le monde. Compte tenu de la gravité de la situation, c'était aussi une crise à l'échelle de la planète. Certes, la crise des dettes souveraines en Europe n'était pas le seul facteur de ralentissement économique mondial, mais c'était le principal dans l'esprit des américains, des responsables des pays émergents (Chine, Brésil, Inde, etc.) et du F.M.I. Pour tous, pour les commentateurs de toute tendance et pour les marchés, le Conseil Européen de Bruxelles est un tournant qui modifie la donne en Europe et, cette fois, la sauve vraiment, non seulement en évitant l'éclatement de la zone Euro, grâce à des mesures à court terme, mais en relançant non seulement cette zone (dix sept pays), mais l'Europe dans son ensemble (27 pays), grâce à des mesures à moyen et long terme.

 

Désormais, même si l'accord franco-allemand demeure indispensable (ira-t-on vers un « Frangela »?), il n'est plus exclusif. L'Italie et l'Espagne en ont fait la démonstration comme l'avait déjà révélé la réunion de Rome quelques jours avant celle du Conseil et l'initiative des Présidents du Conseil Européen, de la Commission, de l'Eurogroupe et de la B.C.E, bien décidés à montrer la voie aux responsables politiques en proposant dans leur rapport préparatoire au Conseil une feuille de route, à approfondir d'ici la fin de l'année, autour de quatre têtes de chapitre : union bancaire, union budgétaire, union économique et légitimité démocratique. On verra plus tard pour une plus grande intégration politique.

 

Lors de 19 sommets précédents, le tandem Merkozy réduisait en fait tout le monde au silence et s'attribuait la satisfaction après chaque sommet de la « dernière chance » d'avoir mis fin à la crise. Ce fut encore le cas au début de 2012 après l'accord sur le Pacte Budgétaire, indispensable, mais seule mesure prise en compte par l'Allemagne. L'austérité entraînée par les réformes structurelles qui devaient aboutir automatiquement à la relance, conduisait en fait à la récession et à une crise sociale et politique, comme le révélait la situation en Espagne et en Italie, autrement plus grave qu'en Grèce, en Irlande et au Portugal.

 

Le Conseil de Bruxelles a donc pris la décision de compléter le pacte budgétaire par un pacte de croissance, voulu par la France, pour l'ensemble de l'Europe et par des mesures immédiates pour sauver des pays de la zone Euro -Espagne et Italie- par utilisation des Fonds de Sauvegarde (F.E.S.F puis Mécanismes Européen de Sauvegarde, certes limités à 800 milliards d'Euro) sous contrôle de la B.C.E au profit des banques espagnoles directement et au profit de l'Italie si elle en exprimait le besoin pour acheter des obligations souveraines italiennes. Sur ce dernier point, le « chantage » de l'Italie et de l'Espagne, qui ne pouvait avoir que l'accord de la France, a amené la chancellière allemande à renoncer à son opposition à ces propositions, qui consiste effectivement à tourner son refus de créer des Euro-obligations, même à court terme (Euro bills). « Danke sehr Madame Merkel » ont d'ailleurs dit les marchés qui y voient un précédent ! Elle ne pouvait pas en effet risquer d'être le « faussoyeur de l'Europe » comme l'avait menacé Joschka Fischer ! D'autant plus que le pacte budgétaire dont elle avait été l'initiatrice avait été accepté.

 

Par conséquent, l'esprit de responsabilité et de modestie ont, cette fois, prévalu et, comme on l'a dit, il n'y a eu à Bruxelles, ni vainqueurs ni vaincus. C'est l'Europe seule qui a gagné et c'était indispensable pour assurer son avenir, même si tout n'est pas réglé.

 

Ce qui ressort de ce Conseil c'est également la conviction que, s'il faut accroître -20 ans après la création de l'Euro!- l'intégration économique, budgétaire et monétaire des 17 pays de l'Euro-groupe et, par conséquent, leur solidarité, le problème n'avait pas la même intensité, c'est le moins que l'on puisse dire, pour les 10 autres pays de l'Union Européenne dont la Grande-Bretagne ! Il est donc inutile de relancer le vieux débat de l'Europe fédérale ou confédérale. En effet, l'Europe à deux vitesses, telle qu'elle existe, reste une construction « sui generis » qui comporte des aspects fédéraux et confédéraux. L'essentiel, c'est de trouver les formules efficaces et réalistes qui permettront à l'Union Européenne et à l'Euro-groupe d'être en mesure d'apporter les bonnes réponses à leurs problèmes.

 

Ainsi, l'Europe, dans son ensemble, pourra avoir enfin, à nouveau, l'ambition de jouer complètement, dans un monde multi-polaire, le rôle qui doit être le sien pour contribuer à la « Construction de la Terre ».

 

 

 

Blois – Juillet 2012 Georges Ordonnaud

 

 

 

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